Interview du prof EPFL L. Laloui « Il n’y a pas de problème de sécurité qui justifierait de se passer du nucléaire »

Interviewé dans 24H du 6 novembre dernier, le professeur EPFL Lyesse Laloui fait une analyse lucide de la sécurité nucléaire et conteste des certitudes dominantes et largement diffusées, mais fausses… La responsabilité est à chercher dans une politisation excessive du débat qui écarte l’analyse rationnelle.

ClubEnergie 2051 a régulièrement abordé la question du sérieux des critiques parfois violentes contre la sécurité nucléaire. Nous avions un peu le sentiment qu’il y avait aussi sur cette question un « plafond de verre ». Dans un récent article, nous dénoncions une désinformation bien réelle sur le nucléaire : « Black-Out électrique (1de2) : « Ils » ont dit, ou les déclarations peu cohérentes de quelques responsables. https://clubenergie2051.ch/2021/10/29/black-out-electrique-1de2-ils-ont-dit-ou-les-declarations-peu-coherentes-de-quelques-responsables-%ef%bf%bc/

On peut comprendre d’ailleurs : comment l’association ClubEnergie2051, dont plusieurs membres ont travaillé dans ce domaine, peut-elle avoir la distance nécessaire à l’objectivité ?

C’est dire notre surprise et notre reconnaissance en découvrant cette interview faite par la journaliste Simone Honegger du professeur EPFL Lyesse Laloui et publiée dans 24H du 6-11-2021 avec cette déclaration en titre :

« Il n’y a pas de problème de sécurité qui justifierait de se passer du nucléaire »

Le professeur Laloui est spécialiste de la transition énergétique et chercheur depuis plus de trente ans sur la gestion des déchets nucléaires

Les points forts d’une interview étonnante et courageuse.

Dans son interview le Professeur Laloui commence par préciser que les deux accidents nucléaires graves de l’histoire, ceux de Tchernobyl et de Fukushima, ne peuvent pas être comparés.

Concernant les déchets nucléaires, il estime que les spécialistes qui sont responsables en ont une parfaite maîtrise ; selon lui ils sont non seulement très compétents, mais aussi conscients des exigences de la protection de l’environnement. Grâce à cela, souligne-t-il, le nucléaire est une source d’énergie parmi les plus propres.

La journaliste soulève la question de savoir si un renoncement à cette forme d’énergie ne serait pas un grand gaspillage de ressources. À cela le professeur répond oui, d’autant plus que cette forme d’énergie est totalement maîtrisée, qu’on nous parle de prochains « black-outs » et que les sources d’énergie renouvelables, que l’on sait intermittentes et aléatoires, ne peuvent pas remplacer une à une, ni combinées, une source d’énergie qui produit de façon fiable et en continu : elles ne pourront, toutes ensemble, que contribuer à un approvisionnement énergétique partiel. Ce sont là les constations factuelles d’un spécialiste, que partage aussi le ClubÉnergie.2051.

Une anecdote personnelle pour illustrer la difficulté du débat.

C’était il y a beaucoup d’années, du temps où la CEDRA (Coopérative pour l’entreposage des déchets radioactifs) essayait d’approcher Ollon pour analyser si le bois de la Glaivaz pouvait convenir comme site géologique pour l’entreposage des déchets. La CEDRA tenait un stand d’information au Comptoir Suisse. J’étais à disposition sur ce stand pour répondre aux questions des visiteurs. Arrive vers moi un couple, plutôt « remonté », qui me dit en indiquant une grande photo du bois de la Glaivaz : « … regardez, cette maison au bas de la photo, c’est la nôtre. Vous ne viendrez jamais là ! … ». Je leur demande s’ils acceptent de discuter un moment. Ils acceptent volontiers, ils racontent leur angoisse. J’amorce la discussion en leur disant : « Vous avez un droit essentiel dans cette affaire : le droit à la sécurité. Pouvez-vous me dire en quoi vous vous vous sentez menacé par ce projet, quelles seraient vos exigences et quelles réponses souhaiteriez-vous obtenpour pouvoir vous sentir en sécurité ? Que vous manque-t-il dans les réponses officielles pour être rassurés ?.   Comme représentant du producteur romand d’électricité (EOS, devenu Alpiq par la suite) c’est mon devoir de vous aider à obtenir les réponses auxquelles vous avez droit ». La discussion a duré longtemps. Je leur disais aussi : si la seule exigence à laquelle vous arrivez est « loin de chez nous » ou « interdire le nucléaire », la société ne sera globalement pas gagnante, donc vous non plus. Nous avons fini tard le soir dans les caves enfumées du comptoir dans une atmosphère contre toute attente plutôt amicale. Ce couple d’habitant Ollon de fait était troublé : d’un côté parce qu’il n’arrivait pas à formuler des exigences pratiques de sécurité qui auraient pu les rassurer. D’un autre côté, le « vous avez droit à la sécurité » les intéressait. Personne ne leur avait dit cela. Cela m’a convaincu que dans ce pays le dialogue est possible et peut souvent aider…

La Suisse se prive-t-elle de ses experts ?

Voilà une autre question étonnante, et intéressante, soulevée dans cette interview.  La France a publié le mois dernier un rapport très attendu sur les différents scénarios possibles pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Deux ans de recherches pour fixer un document de base avec pour mission de guider le gouvernement vers ses objectifs. Pourquoi la Suisse ne fait pas de même ? Le professeur révèle que la Suisse l’a aussi fait avec un rapport baptisé « Programme d’encouragement énergie 2013-2020 ». Mais la publication, en plein été 2021, est passée inaperçue.

Remerciements.

Bravo et merci au professeur Lyesse Laloui pour ses analyses lucides et bravo aussi à la journaliste Simone Honegger d’oser faire de l’investigation sur une réalité si peu « politiquement correcte ».

24H n’autorise pas la reproduction de ses articles payants. Si vous êtes abonné, recherchez le no du 6-11-2021 ou allez sur la version on line de l’article à ce lien : https://www.24heures.ch/il-n-y-a-pas-de-probleme-de-surete-qui-justifierait-de-se-passer-du-nucleaire-668286314911 . Il y a 89 commentaires !

Post Scriptum

ClubEnergie2051 a publié plusieurs articles pour expliquer la qualité de la sécurité nucléaire et le déficit d’information. Exemples, pour plus de détails :

Nucléaire : son utilité, voire sa nécessité, et sa maîtrise des risques de mieux en mieux reconnues. Mais l’opposition reste dogmatique et idéologique. https://clubenergie2051.ch/2021/07/30/nucleaire-son-utilite-voire-sa-necessite-et-sa-maitrise-des-risques-de-mieux-en-mieux-reconnues-mais-lopposition-reste-dogmatique-et-ideologique/

La politique ne devrait jamais condamner une technologie. https://clubenergie2051.ch/2019/10/09/la-politique-ne-devrait-jamais-condamner-une-technologie/

Nucléaire : la peur des Suisses est le résultat d’une mauvaise information. https://clubenergie2051.ch/2017/06/18/nucleaire-la-peur-des-suisses-est-le-resultat-dune-mauvaise-information/

Nucléaire : une utilisation intelligente vaut mieux qu’une interdiction aveugle. https://clubenergie2051.ch/2016/10/24/nucleaire-une-utilisation-intelligente-vaut-mieux-quune-interdiction-aveugle/

Le plus grand défaut du nucléaire … ses qualités ?  https://clubenergie2051.ch/2015/12/02/le-plus-grand-defaut-du-nucleaire-ses-qualites/

Déchets nucléaires : est-il vrai qu’il n’y a pas de solution ? https://clubenergie2051.ch/2015/02/13/dechets-nucleaires-est-il-vrai-quil-ny-a-pas-de-solution/

ClubEnergie 2051 a aussi évoqué les rapports « ignorés » par l’Office fédéral de l’Énergie. Exemples :

Stratégie Energétique 2050 : une étude de plus le confirme, elle est « non faisable » https://clubenergie2051.ch/2018/05/14/strategie-energetique-2050-une-etude-de-plus-le-confirme-elle-est-non-faisable/

« Perspectives d’électricité sans CO2 pour la Suisse : nouvelles énergies renouvelables et nouvelles technologies nucléaires » https://clubenergie2051.ch/2014/12/05/perspectives-delectricite-sans-co2-pour-la-suisse-nouvelles-energies-renouvelables-et-nouvelles-technologies-nucleaires/

France: rapport «Energies 2050»  https://clubenergie2051.ch/2014/04/18/france-rapport-energie-2050/

JFD / 14-11-2021

Un commentaire pour Interview du prof EPFL L. Laloui « Il n’y a pas de problème de sécurité qui justifierait de se passer du nucléaire »

  1. Durussel André dit :14 novembre 2021 à 16 h 03 minMerci à J.-F. Dupont pour avoir relayé les propos du prof. L. Laloui…et rappelé en passant les premiers pas de la Cédra-Nagra…
    Oui à l’avenir du nucléaire et non au charbon de l’Australie, voilà la modeste part que nous pouvons faire en effet pour tenter d’enrayer le réchauffement climatique.Réponse

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Un commentaire pour Interview du prof EPFL L. Laloui « Il n’y a pas de problème de sécurité qui justifierait de se passer du nucléaire »

  1. Merci à J.-F. Dupont pour avoir relayé les propos du prof. L. Laloui…et rappelé en passant les premiers pas de la Cédra-Nagra…
    Oui à l’avenir du nucléaire et non au charbon de l’Australie, voilà la modeste part que nous pouvons faire en effet pour tenter d’enrayer le réchauffement climatique.

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