Nucléaire : l’avenir en Chine

HTR-Bau
 
La Conseillère fédérale Doris Leuthard mentionne trois raisons pour lesquelles nous devons renoncer à des centrales nucléaires :
  • elles sont trop dangereuses
  • elles sont trop chères
  • la prochaine génération ne sera disponible que dans des décennies.
On entend autre chose dans le milieu spécialisé. Qu’en est-il ? Pour le savoir nous nous sommes mis en voyage.

Nous parlons ici de deux voyages. Les deux ont mené la moitié de l’équipe de « Kaltduschenmitdoris » (soit Simon Aegerter) en Chine.

C’était en mai 1980 lorsqu’une délégation de la Société suisse de physique s’est rendue à Pékin à l’invitation de l’Académie chinoise des sciences. Cela se passait trois ans et demi après la disparition de Mao et le pays était en train de se remettre de la catastrophe issue de la « Révolution culturelle ».

Les Instituts de recherche et les Universités que nous visitâmes, étaient pour la plupart dirigées par des vétérans âgés de 70 à plus de 80 ans. Il manquait toute une génération de scientifiques. L’équipement des laboratoires faisaient une impression de pauvreté et de vétusté. Pourtant le baromètre de l’ambiance était au « renouveau ! ».

Dans la rue la vision correspondait encore aux clichés : des personnes menues et maigres en blouses Mao bleu foncé. Les disettes des dernières décennies laissaient encore leurs marques. Le flux des vélos s’embouteillait aux carrefours.

Trente quatre ans plus tard : l’aéroport de province de Weihai est brillant de propreté et les passagers vêtus à la dernière mode sont amenés et emmenés par des taxis. Sur les autoroutes on traverse des installations industrielles, en passant par de petites villes proprettes (avec un trafic quelque peu chaotique), puis au travers de champs de cultures soignés jusqu’à l’hôtel Shidao, sur la plage de la Mer Jaune.

C’est là qu’a lieu le congrès de quatre jours consacré au réacteur modulaire à sûreté intrinsèque. Ce n’est pas par hasard que ce congrès a lieu en Chine ; entre-temps les Chinois sont devenus les leaders en matière de technique moderne de réacteurs.

Le développement incroyable que le pays a atteint en seulement une génération, est dût à deux choses : l’esprit d’entreprise chinois mis en œuvre par Deng-Xiaoping, et l’énergie, en particulier l’électricité. Les besoin en électricité ont crû de façon phénoménale. Lorsque la construction du barrage des Trois-Gorges sur le Yang Tse a débuté, il devait couvrir 10% des besoins d’électricité. Lorsqu’il a été achevé, il en assure 3% tellement la consommation globale d’électricité a augmenté dans l’intervalle.

À côté des usines hydroélectriques il y a en premier lieu des centrales à charbon qui couvrent la demande avec des conséquences dévastatrices. La cloche de smog sur les grandes villes devient de plus en plus insupportable et mortelle. La direction politique du pays a – contrairement à nos élites politiciennes – analysé froidement la situation et ne voit qu’une issue : l’énergie nucléaire ! Actuellement il y a 21 centrales nucléaires couplées au réseau et 29 sont en construction. Et encore ce sont de grosses centrales de la 3e génération, donc pas encore issues de la dernière innovation ; pourtant le futur a déjà commencé. Toutes les variantes imaginables de la future génération de centrales nucléaires sont développées et testée en Chines. Ces réacteurs, dit de « Génération 4 » sont d’une sûreté intrinsèque, de haute efficacité, modulaires et bon marché. Ils doivent commencer à produire de l’électricité en 2017 et dès 2020 à supplanter les centrales à charbons.

L’un de ces prototypes est le HTR, le « réacteur à haute température ». C’est à Jülich que le principe en a été imaginé et développé, et cela aussi en coopération avec BBC. Puis l’Afrique du Sud a misé sur les réacteurs à boulets. Un non-sens en matière de régulation en Allemagne (une exigence de refroidissement à l’eau, là où l’eau n’a rien à faire) et une manque d’argent en Afrique du Sud ont donné fin à toutes les espérances. C’est alors que sont venus les Chinois. Depuis 10 ans fonctionne un réacteur expérimental de ce type à l’Université Tsing Hua de Pékin. Sur la presqu’île de Shandong, près du lieu du congrès, deux réacteurs de 250 MW sont en construction. Ils doivent entrer en service en 2017. Ce n’est pas un rêve éveillé, mais une réalité littéralement solide : le béton du bâtiment est entièrement coulé et les montages sont prêts.

C’est là un des types de réacteurs que redoutent les Greenpeace et consorts : il leur ôte tous les arguments. Des accidents comme à Tchernobyl ou à Fukushima ne sont pas seulement hautement invraisemblables, mais impossibles. Du graphite ne peut plus s’enflammer ; la chaleur est prélevée avec de l’hélium, un gaz noble inactif. ; en cas de surchauffe il ne peut plus y avoir de réaction en chaîne et le refroidissement a lieu sans courant et sans pompes. On appelle cela une sûreté intrinsèque.

Ces réacteurs sont assez petits pour, à l’avenir, pouvoir être produits à la chaîne. Cela abaisse les coûts. Un groupe de turbine peut être alimenté par pas moins de 6 réacteurs. Cela est flexible. On peut sans autre les enterrer. Cela va les protéger des derniers risques : les influences de l’extérieur.

Ainsi les arguments du Conseil fédéral s’écroulent. On s’imagine bien que l’OFEN n’a pas aimé qu’une délégation suisse aille participer à ce congrès. Ainsi nous pouvons vous tenir informés, ce que le Conseil fédéral ne veut pas, afin que vous le sachiez :

Il y aura des réacteurs sûrs, disponibles d’ici 10 ans et à un coût avantageux !

Avantageux, ce n’est pas encore bon marché : le kWh devrait coûter 10 à 15% plus cher que l’électricité nucléaire actuelle. Mais dans quelques années, les réacteurs à sels fondus devraient être mûrs pour apparaître sur le marché. À Shanghai on en développe également. Ils devront produire de l’électricité à un moindre coût que celui des centrales à charbon.

 

Lors de discussions en marge du congrès, on a pu se rendre compte d’une intéressante vision extérieure de la Suisse. Trois observations nous ont frappés :

  1. Les Chinois nous trouvent vraiment drôles : « Vous voulez parvenir à une Société à 2000 watts ? – Ah oui ! nous l’avons eue et nous nous en souvenons bien. En tout cas, nous ne voulons pas y retourner ! Vous savez : l’énergie procure le bien-être et le bien-être a besoin d’énergie. Et, vous le savez aussi : l’énergie nucléaire est propre. Elle est classée en Chine dans la catégorie cleantech ! »
  2. « Vous les Suisse vous êtes des champions : vous n’avez pas seulement le réacteur en état de marche le plus ancien du monde, mais il fonctionne aussi avec la disponibilité la plus grande ! » Une petite recherche nous donne à relativiser cette louange : Beznau I est certes le plus ancien réacteur en activité au monde, mais cette disponibilité remarquable n’a pas lieu chaque année. Il ne s’en tire pourtant pas si mal. Cela est principalement dû au mérite d’un homme : Kurt Küffer, le premier directeur de Beznau. Il l’a dit dès le début : Ces réacteurs sont conçus pour 40 ans. Nous allons pourtant les faire fonctionner et les mettre à niveau régulièrement au point qu’ils pourront marcher 60 ans en toute sécurité.
  3. « Nous voulons collaborer avec vous, Suisses ! Nous avons confiance en vous ! » Lorsqu’on approfondit la discussion, on apprend que cette estime est liée à de bonnes expériences faites avec nous, mais aussi avec le fait que la Suisse n’a jamais été une puissance coloniale.

 

Simon Aegerter, le 20 novembre 2014

Source: 

http://www.kaltduschenmitdoris.ch/themen/energiestrategie-2050/item/146-zukunft_in_china

Traduction: Christophe de Reyff

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