Transition énergétique : l’excellence énergétique selon Ségolène

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Publié le 23 juillet 2015 dans Contrepoints par M. Jean-Pierre Riou.

La loi sur la transition énergétique (LTE) en France poussée par Ségolène Royal servira-t-elle à quelque chose ?

Selon Ségolène Royal, la nouvelle loi sur la transition énergétique qui vient d’être adoptée à l’Assemblée Nationale − on peut lire ici l’ultime débat du 22 juillet 2015 à l’Assemblée Nationale avant son adoption définitive  « vise à faire de la France le pays de l’excellence environnementale »

L’objectif prioritaire de réduction du CO2 vient, en effet, d’être rappelé par l’Europe, et un battage médiatique sans précédent multiplie les incantations et appels aux consciences et aux religions, sur fond de fin du monde, à moins de 6 mois de la Conférence de Paris sur le climat.

Pour parvenir à cette « excellence environnementale », la loi concentre étrangement ses efforts sur la réforme de notre parc de production d’électricité. Pourtant, si l’on en croit le dernier rapport EDF R&D (TECHNICAL AND ECONOMIC ANALYSIS OF THE EUROPEAN ELECTRICITY SYSTEM WITH 60% RES, daté du 17 juin 2015, 25 pages), c’est exactement l’inverse qui va se produire, et cela non pas seulement au niveau national, notre production d’électricité étant déjà décarbonée à 95% en 2014, mais, de façon bien plus grave, du fait de l’augmentation de l’intermittence de notre production qui sera de nature à empêcher nos voisins de remplacer leurs centrales à charbon par des énergies renouvelables. En effet, l’étude EDF R&D, d’une ampleur encore inégalée, grâce à 30 ans de données météo, rend compte des possibilités de diviser par 5 les émissions de CO2 du parc de production électrique européen et de les faire passer des 350 gCO2/kWh actuels à 75 gCO2/kWh ! À titre de comparaison et pour souligner ce que « excellence environnementale » peut signifier, rappelons que le parc électrique français n’a émis, en 2014, que 19 millions de tonnes de CO2 (bilan RTE 2014, p. 23) pour 540 TWh produits, soit une moyenne de 35 gCO2/kWh !

Selon l’étude EDF, pour espérer parvenir à ce résultat à coût acceptable, une importante réserve de puissance conventionnelle (500 GW) est indispensable, afin de sécuriser les variations considérables des énergies renouvelables intermittentes européennes, dont la puissance des éoliennes, notamment, peut varier d’un jour à l’autre entre 40 GW et 170 GW, soit du simple au quadruple, l’intermittence photovoltaïque étant supérieure encore, puisque sa puissance tombe à 0 chaque soir ! L’étude étaye la nécessité, d’un développement considérable des interconnexions et d’une part significative d’énergie nucléaire.

Rappelons que le nouveau cadre d’action européen en matière de climat et d’énergie a supprimé le caractère contraignant des objectifs de chaque État en matière d’énergies renouvelables, en appelant à une coordination de tous, en fonction de leurs spécificités, pour atteindre l’objectif commun de réduction prioritaire de réduction du CO2.

Comment ne pas comprendre que l’excellence en la matière du parc électrique français le désigne pour sécuriser le remplacement des centrales à charbon de nos voisins par des énergies intermittentes, sans alourdir le bilan carbone, et ce grâce à sa production nucléaire ? Comment peut-on croire que la déstabilisation programmée de notre réseau par des milliers d’éoliennes soit destinée à combattre les émissions de nos centrales thermiques à flamme, qui ne représentent que 5% de la production totale, avec 27 TWh, charbon, gaz et fioul confondus, pour un total de 540 TWh ?

L’intermittence de nos futures éoliennes nous condamne, tout au contraire, à supporter les émanations toxiques des centrales à combustibles fossiles allemandes qui, depuis 2011, ont vu leur puissance installée augmenter de 3,53 GW (lignite : de 19,85 à 21,21 GW, anthracite : de 25,72 à 27,07 GW, gaz : de 27,09 à 27,91 GW) et ce malgré, ou plutôt même, à cause des 23,69 GW supplémentaires provenant de l’éolien « onshore » (de 28,58 à 37,11 GW), de l’éolien « offshore » (de 0,19 à 1,59 GW) et du photovoltaïque (de 25,43 à 39,19 GW), toutes sources intermittentes. Et cela, à production équivalente, sans que le moindre MW nucléaire (toujours 12,07 GW) n’ait été supprimé pendant cette période.

La loi sur la transition énergétique a eu la sagesse de ne pas réduire la puissance installée de nos centrales nucléaires. Leur production, cependant, est désormais limitée à 50% de la production totale à horizon 2025, au lieu d’un peu plus de 75% actuellement. Elles fonctionneront donc de façon chaotique, pour combler les déficiences des futures éoliennes, sans aucun bénéfice environnemental, au lieu du régime régulier pour lequel elles étaient conçues et qui aurait pu sécuriser la transition allemande ou espagnole.

 

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