L’exemple à ne pas suivre

DE_01-01-2012_12-01.2015

L’Allemagne est souvent citée en championne de l’utilisation des sources d’énergie renouvelables pour produire son électricité. Effectivement, dans ce pays, sur une capacité totale de quelque 190 GW (toutes sources confondues simplement additionnées), sont installées des capacités de 36 GW d’éolien, 38 GW de photovoltaïque, 8 GW de biomasse et 5 GW d’hydraulique, au total 87 GW de sources renouvelables (soit 46% du total) ! Cela semble représenter une confortable puissance installée qui, comme on va le voir ci-dessous, excède de loin et la demande en ruban (environ 50 GW) et même la demande moyenne (66 à 68 GW) en Allemagne. Cependant, d’une part, ces capacités sont hypothétiques, car aléatoires, et, d’autre part, ces poussées de production intermittentes, ainsi que les importantes variations de puissance non maîtrisées, parce que fournies aléatoirement, risquent de déstabiliser les réseaux nationaux et internationaux. Car il y a un impératif absolu : il faut maintenir un équilibre entre la production d’électricité et sa consommation. C’est à la solution de cette difficile équation que le Livre Vert allemand sur le marché de l’électricité (*) veut s’attaquer. Le marché électrique doit remplir deux rôles, d’un côté, assurer la disponibilité d’une capacité de production suffisante (avec le maintien nécessaire d’une capacité de réserve) et, de l’autre, s’assurer que cette capacité soit utilisable au bon moment et dans la juste mesure nécessaire (y compris une assurance d’utilisation appropriée de la capacité de réserve). On voit donc qu’il y a là un problème dimportance cruciale ...


En effet il importe toujours et encore de rappeler que l’énergie est le produit d’une puissance par une durée. La plupart des scénarios – qui tirent des plans sur la comète pour l’an 2050 – ne parlent que de bilan d’énergie à atteindre à la fin d’une année, mais jamais de puissance disponible dans des durées nécessaires. Or ces puissances installées en sources renouvelables ne sont pas fonctionnelles durant les 8’760 heures de l’année, loin s’en faut. En 2013 (2014), ces ressources renouvelables en Allemagne avaient produit 152,4 TWh (157,4 TWh), soit 24,1% (25,8%) des 633,2 TWh (610,4 TWh) produits dans le pays (N.B. : les chiffres pour 2014 ne sont pas encore définitifs). Ramenée à une puissance en ruban, l’électricité renouvelable produite correspond à une valeur effective comprise entre 17 et 18 GW.

Du côté de la demande, la consommation brute de l’Allemagne (599,4 TWh en 2013 et 576,3 TWh en 2014) correspondait à une charge moyenne de 68,4 GW en 2013 et de 65,8 GW en 2014. Comme on le constate sur les graphiques annuels annexés (**) – réalisés grâce à l’outil Agorameter du site allemand Agora Energiewende –, la demande en ruban n’est jamais descendue en dessous de 50 GW, et il y a des pics de puissance demandée qui arrivent à 75 GW. On observe donc qu’il y a un écart important entre ces deux derniers chiffres et les sommets effectivement atteints par les sources renouvelables, une lacune que doivent combler les sources conventionnelles, soit entre 38 et 58 GW.

Outre le nucléaire, encore à hauteur de 11 GW en ruban et ayant assuré 97,3 TWh, soit 15,4% du total en 2013 (et 96,9 TWh, soit 15,9% en 2014) de la production brute d’électricité, le gros de la différence restait toujours assuré majoritairement en Allemagne par des agents fossiles et cela à la hauteur impressionnante de 357,3 TWh, soit 56,4% du total en 2013 (et 329,4 TWh, soit 54,0% en 2014) : principalement du charbon pour ~44% : le lignite (160,9 TWh, soit 25,4% en 2013, et 156,0 TWh, soit 25,6% en 2014), l’anthracite (121,7 TWh, soit 19,2%, et 109,9 TWh, soit 18,0%), le gaz (67,5 TWh, soit 10,7%, et 58,5 TWh, soit 9,6%) et le fioul (7,2 TWh, soit 1,1%, et 5,0 TWh, soit 0,8%). Au total, les ressources renouvelables, malgré les importantes capacités installées (87 GW), de loin bien supérieures à la charge moyenne (66 à 68 GW), nont pu couvrir que 25,4% en 2013 et 27,3% en 2014 de la consommation brute.

En regard de ces chiffres, la Suisse n’a pas à rougir de son bilan de production d’électricité puisque, en 2013 (N.B. : les valeurs finales pour 2014 ne sont pas encore connues), sa production hydraulique a représenté 39,6 TWh, soit 58% de sa production totale brute de 68,3 TWh, voire 62% de sa consommation totale brute de 63,8 TWh. La charge moyenne due à la consommation est de 7,3 GW et la demande en ruban ne descend jamais en dessous de quelque 5 GW, couverts en permanence par 2 GW d’hydraulique au fil de l’eau (soit 17,8 TWh) et 3,3 GW de nucléaire (soit 24,9 TWh) avec un taux d’utilisation sur l’année de plus de 85% en moyenne pour l’ensemble de nos 5 réacteurs.

Données sur les sources d’énergie renouvelables en Allemagne :

http://www.ise.fraunhofer.de/de/daten-zu-erneuerbaren-energien

Données sur la statistique de l’électricité en Allemagne :

http://www.ag-energiebilanzen.de/

(*) Lien vers le Livre Vert « Grünbuch « Ein Strommarkt für die Energiewende » » du Ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie :

http://www.bmwi.de/DE/Themen/Energie/Strommarkt-der-Zukunft/gruenbuch.html

Graphiques pour les statistiques allemandes de l’électricité des années 2012 à 2014 :

http://www.agora-energiewende.de/service/aktuelle-stromdaten

(**) Voir ici quatre groupes de 3 graphiques pour les années 2012, 2013 et 2014, montrant les diverses productions conventionnelles et renouvelables d’électricité et les consommations en Allemagne.

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