Sortir du nucléaire au détriment des générations futures ?

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Les arguments des lâcheurs : il faut en sortir parce que …

  1. ça peut irradier dangereusement après un accident, et des contrées entières peuvent rester contaminées pendant des siècles ;
  2. on n’a pas confiance que de grossières erreurs pouvant mener à de telles catastrophes ne puissent pas se reproduire, chez nous aussi ;
  3. on n’a pas confiance dans les ingénieurs concevant, opérant et contrôlant les installations ;
  4. on ne ne sait pas trop bien comment traiter les inévitables déchets ;
  5. les énergies dites alternatives n’auraient sinon aucune chance de se développer ;
  6. cette industrie nécessite d’énormes capitaux et une trop forte centralisation de puissance (politique et énergétique) et de pouvoir.

Mais pourtant, d’après les mêmes décideurs, il ne faut pas en sortir trop vite. On peut maintenir les centrales en opération tant qu’elles satisfont les critères de sûreté les plus sévères. Donc pour une trentaine d’années supplémentaire on ne se soucie pas trop des points 1 à 4 ci-dessus.

C’est totalement incohérent.
Si les quatre premiers points sont justes alors il faut fermer boutique dès aujourd’hui, sans délai.

Ils le savent et veulent l’ignorer.

Mais si ces quatre points sont très bien gérables, ce qui est d’ailleurs l’opinion d’une très grande part de l’opinion publique suisse, au contraire de l’opinion publiée, alors pourquoi décréter une fermeture dans vingt ou trente ans. Pourquoi pas cinquante, cent ans, ou aucun délai ? Ce serait moins incohérent.

Mais savent-ils vraiment ce qu’ils font ?

Comme on a besoin des centrales nucléaires pour assurer l’approvisionnement de 40% de notre consommation électrique, on est donc prêt à faire des compromis, à faire traîner les choses.

Mais, en même temps, on annonce la fin de cette technologie industrielle. Cela signifie qu’un étudiant d’aujourd’hui sait qu’il n’a pas intérêt à se former dans ce domaine, maintenant réputé sans avenir. Alors que, en son temps, dans les années 50 et 60, c’étaient les meilleurs (je n’en faisais pas partie, donc je fis autre chose, très intéressante aussi) qui choisissaient cette voie dans nos Écoles polytechniques.

Donc, d’ici une génération, les experts seront tous à la retraite et il n’y aura plus personne avec les compétences nécessaires ni pour développer, ni pour opérer, ni pour contrôler les installations. Tous ces jeunes se seront formés à des techniques virtuelles avec lesquelles la nourriture sera un concept neurobiologique, le sport ou la guerre se résumeront à une console de jeu, et l’énergie ne sera qu’émotionnelle.

Faute de combattants, ce sera alors le moment de fermer boutique. On aura atteint le nirvana des alternatifs de tous bords : le dé-développement.

Pourtant c’est une industrie d’avenir, utilisant des sources énergétiques qui peuvent être quasiment inépuisables si on en fait les développements adéquats, d’abord en sécurité intrinsèques (EPR), et surtout en filières différentes : super-breeder (Superphénix fonctionnel, mais avorté à Creys-Malville en 1998), thorium ouvrant la voie à des installations décentralisées de petite taille, voire même la fusion, bien que je n’aie pas trop confiance dans cette promesse-là qui ne cesse de devoir se réaliser trente ans plus tard à coup de dizaines de milliards.
Mais, pour tout cela, les têtes ne seront plus là, ou alors il faudra les importer de Chine, d’Inde ou d’Iran…

Est-ce vraiment cela qu’on veut ?
Déconstruire le savoir et les compétences, se rendre dépendant, promouvoir l’ignorance future ?
Et tout ça au nom d’une prétendue « transition énergétique », sans but clair ni moyens avérés, ne résultant qu’en la fourniture du même service à des coûts bien plus élevés, créant des problèmes alors qu’il n’y a ni risques ni urgence en la matière ?

Les Verts profonds, eux, restent cohérents lorsqu’ils demandent un arrêt immédiat du nucléaire, bien que, à mon avis, ils aient tort sur le fond.

Mais si Madame la Conseillère fédérale Leuthard, ses épigones de l’Office fédéral de l’énergie et les parlementaires qui la suivent comme de blancs moutons pensent qu’ils sont sur la bonne voie, alors ils doivent le dire clairement, l’écrire, le signer, et surtout argumenter, si ce n’est avec raison, mais au moins avec honnêteté, montrant à quoi leur évidente incohérence doit mener. Le débat n’est pas ouvert que ces irresponsables l’ont déjà clos et ne discutent plus que de la manière de se distribuer les picaillons, subventions, prix garantis, taxes et autres rackets.

Le passage par les urnes référendaires devrait en être une conséquence logique, si ce mot a encore un sens pour eux.

Michel de Rougemont, le 13 janvier 2015

 

 

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