La « Stratégie énergétique 2050 » suisse se heurte aux faits … tout comme l’« Energiewende » allemande

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Pour soutenir la « Stratégie énergétique 2050 », qui s’oppose à la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse, certains de nos politiques, à bout d’arguments sécuritaires, aiment rappeler des questions de coûts d’investissement qui seraient faramineux et que, soi-disant, personne ne voudrait financer, sans mentionner l’importance prioritaire des faits environnementaux mis en jeu. Rappelons-le, la « Stratégie énergétique 2050 » qu’on nous propose à Berne a été suscitée suite à la catastrophe de Fukushima qui pourtant, dans son volet nucléaire, n’a fait périr personne pour des raisons d’irradiation, il importe de le redire. En effet cette stratégie est orientée prioritairement vers la suppression de l’énergie nucléaire en Suisse du fait aussi − ce qui impressionne plus d’un politique − que l’Allemagne a choisi cette voie. Regardons-y de plus près !


L’Allemagne produit son électricité de façon très peu écologique : avec 161 TWh (milliards de kWh) produits en 2013 par des centrales à lignite, c’est là le deuxième chiffre le plus élevé depuis 1990 (171 TWh) où sa part dans le mix électrique allemand était de 31% et elle est encore de 25% ! Il faut y ajouter les parts dues à l’anthracite, au gaz et au pétrole : à fin 2013, l’ensemble de ces agents fossiles dans la production d’électricité en Allemagne atteignait plus de 56%. De son côté, l’accroissement sur 8 ans des ressources renouvelables entre 2006 (la dernière année de production nucléaire majoritaire avant sa décroissance) et fin 2013 a été de 80 TWh (de 72 à 152 TWh), mais cela a principalement compensé la diminution voulue du nucléaire de 70 TWh (de 167 à 97 TWh) et non pas celle des agents fossiles qui n’a été que de 18 TWh (de 375 à 357 TWh) !

Même si un nouveau réacteur nucléaire allait coûter, disons, 10 milliards, sa production électrique annuelle d’un courant (de base !) de 13 TWh dépasse l’accroissement annuel moyen des 10 TWh renouvelables (et aléatoires !) en Allemagne. Les considérations financières sont ici bien secondaires à côté des impacts environnementaux. Voici les totaux des émissions de CO2 en Allemagne (pour tous les secteurs) qui vont croissant : en 2011 : 802,3, en 2012 : 824,9 et en 2013 : 842,8 millions de tonnes de CO2 , autrement dit, une valeur spécifique impressionnante de près de 11 tonnes de CO2 par an et par personne en Allemagne (soit deux fois la valeur en Suisse) ; est-ce vraiment un pays exemplaire ?

Enfin, puisqu’il le faut bien, précisons aussi un aspect financier qui, lui, est criant : les producteurs allemands de kWh d’origine renouvelable sont rétribués actuellement à une hauteur énorme de plus de 20 milliards par an de subsides (19,4 milliards en 2013) pour soutenir leur production, une somme financée par un prélèvement, modestement dit « participation aux frais », ou « EEG-Umlage », de 6,24 ct€/kWh en 2014 (c’était 2,05 ct/kWh en 2010, 1,33 ct/kWh en 2009 et 1,02 ct/kWh en 2007 !). Cette taxe, qui a quintuplé en 7 ans, est chargée sur chaque kWh acheté par tous les petits consommateurs, selon un barème fixé légalement par la « Erneuerbare-Energien-Gesetz − EEG ». Encore une fois, veut-on vraiment suivre en Suisse ce mauvais exemple ?

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