Obama contre le changement climatique : il est phénoménal…

Publié le 5 août 2015 dans Contrepoints par M. Michel Gay

 Champ éolien

Des déclarations qui font plaisir… et ne coûtent rien !

Obama est vraiment très fort. Son « America’s Clean Power Plan » (Plan américain pour une électricité propre) donne bonne conscience au peuple américain, fait plaisir aux écolos du monde entier (c’est bon pour l’image), et aussi à notre Ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, qui l’a félicité sur Twitter « pour ses efforts sincères ».  Ça fait plaisir… et ça ne coûte pas cher. Bien au contraire. Ce plan, subtil dans le vocabulaire, va renforcer l’industrie américaine du gaz et du nucléaire…

Ainsi, lundi 3 août 2015, le Président américain Barack Obama a lancé son plan contre la « grande menace » que fait peser le changement climatique sur la planète. Il a insisté sur « l’urgence d’agir immédiatement » en annonçant une nouvelle « restriction inédite », sur les centrales électriques pour relever l’un des « défis clés » de notre époque.

Bien, très bien même, car le monde entier retiendra cet effet d’annonce !

Mais qu’en est-il vraiment ?

Tout d’abord, Obama soutient les énergies « propres » et non pas seulement « renouvelables » (comme les Chinois). Elles incluent… l’énergie nucléaire, et aussi le gaz de schiste. Une centrale électrique au gaz (de schiste ou non, c’est le même méthane) émet deux fois moins de CO2 par kilowattheure (kWh) produit qu’une centrale au charbon, et une centrale nucléaire en émet très peu (4 g / kWh contre 450 g pour le gaz et 900 g pour le charbon).  Et Obama n’envisage pas de réduire la consommation d’électricité… qui atteint près du double de celle de la France par habitant ¹ .

Ensuite, aux États-Unis, le gaz de schiste extrait en abondance est devenu moins cher que le charbon, dont les Américains ne savent plus que faire. Ils l’exportent même vers… l’Allemagne dont plus du tiers de l’électricité est toujours produite avec du charbon (et un autre tiers avec du gaz russe…).

Or, les États-Unis produisent près de la moitié de leur électricité (40%) avec du charbon et plus des deux tiers avec des énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole). Ce ne sera pas difficile de réduire drastiquement leurs émissions de CO2 en « favorisant » le gaz au détriment du charbon. De plus, Obama a « choisi » 2005 comme année de référence pour réduire de 32% d’ici 2030 les émissions de CO2 : « bien joué Callaghan ! » ². C’est l’année où la consommation de charbon destiné à la production d’électricité a atteint son maximum… Faire moins ne sera pas compliqué, car, depuis cette date, le gaz (de schiste) remplace peu à peu le charbon, et les émissions de CO2 par kWh ont déjà diminué sans effort.

Enfin, pour une « première » et une déclaration sensationnelle « inédite », on peut se souvenir (sans mauvais esprit) que le projet initial, présenté l’an dernier (en juin 2014) par l’Administration américaine, avait fixé à 30% le plafond de réduction des émissions de CO2 des centrales électriques. Ainsi, la fantastique « surenchère » d’Obama est de… 2% !

De plus, (toujours sans faire de mauvais esprit) si les États-Unis arrivent à réduire de 32% les émissions de CO2 de leurs centrales électriques, c’est-à-dire à atteindre 355 g /kWh par habitant, et par an, (en partant de 520 grammes en 2005), ce pays sera en 2030 encore dix fois plus mauvais que l’excellent niveau de la France qui est déjà d’environ 30 g ³ en 2014.

On ne le souligne pas assez : grâce principalement au nucléaire (75%) et à l’hydraulique (10%) la France a, au minimum, 50 ans d’avance sur ses grands rivaux industriels, et notamment sur les États-Unis , en matière d’émissions de CO2 pour la production d’électricité, dont 90% n’émet pas de gaz à effet de serre.

En 2005, année de référence pour le plan américain annoncé, toutes énergies confondues, un Français avait émis 6 tonnes de CO2, nettement moins qu’un autre européen (par exemple, un Allemand 10 tonnes de CO2 par an), mais surtout trois fois moins qu’un Américain (20 tonnes de CO2 par an). Mais c’est Obama qui va récolter les « félicitations du jury » à la COP 21 en décembre à Paris en favorisant subtilement le gaz et le nucléaire .

En partant de très loin et en demeurant un des pays les plus émetteur de CO2 de la planète, Obama peut annoncer « les États-Unis sont le pays qui a le plus réduit ses émissions de gaz à effet de serre dans le monde », notamment en remplaçant le charbon par le gaz de schiste ces dernières années…

« Il est vraiment, il est vraiment phé-no-mé-nal, la-la-la-lèreuh… »

  1.  http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/EG.USE.ELEC.KH.PC
  2. Se dit à quelqu’un qui a joué finement, avec ruse. Expression tirée des romans de Peter Cheyney, adaptés au cinéma, mettant en scène un détective privé, Slim Callaghan connu pour sa ruse et son astuce.
  3.  RTE, « Bilan électrique 2014« , page 23

 

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