Le nucléaire : une énergie verte ?

Une analyse publiée le 15 mars 2016 dans Contrepoints par Michel Gay et Jean-Luc Salanave.

Centrale nucléaire du Tricastin (Crédits : Sancio83, Image libre de droits)

Centrale nucléaire du Tricastin (Crédits : Sancio83, Image libre de droits)

Nos réacteurs nucléaires actuels, bien que sophistiqués, sont aussi naturels que des capteurs PV ou des éoliennes.

Une partie des écologistes [1] s’est longtemps opposée à l’énergie nucléaire, lui préférant le vent et le soleil, suivant le principe que « vert » signifie avant tout « naturel », sans vraiment chercher à savoir ce que recouvrent ces termes.

Par exemple, le terme « vert » est utilisé en France depuis août 2015 pour nommer la « loi de transition énergétique pour une croissance verte ». Mais quelles énergies se cachent donc derrière l’adjectif « vert » ?

Le solaire et l’éolien sont souvent les premiers cités en oubliant que l’hydraulique ou la biomasse les devancent largement, en France et dans le monde. Les panneaux photo- voltaïques (PV) et les éoliennes qui fleurissent dans nos paysages ne sont pourtant pas naturels.

Assimiler vert et naturel n’est donc pas suffisant pour guider les choix de la transition énergétique. L’énergie nucléaire est aussi sans conteste naturelle. Elle est même bien répandue sur Terre (la radioactivité est largement responsable de la géothermie de notre planète) et dans l’Univers où elle fait briller les étoiles. Des réacteurs nucléaires naturels ont même existé spontanément sur Terre, il y a deux milliards d’années à Oklo au Gabon, et la nature a géré seule les déchets radioactifs, sans conséquence pour l’Humanité.

Nos réacteurs nucléaires actuels, bien que sophistiqués, sont aussi naturels que des capteurs PV ou des éoliennes.

Tsunami à Fukushima

Ce qui est naturel ne serait donc pas toujours si « vert ». La catastrophe naturelle du tsunami de Fukushima a fait 20’000 morts et a provoqué un grave accident à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Cet accident n’a fait aucune victime due à la radioactivité et n’en fera sans doute pas selon les dernières études.

Le risque est, lui aussi, naturel et les activités domestiques sont, par exemple, responsables de plus de 10’000 morts par an en France. Cependant, selon l’Académie de médecine, « la filière nucléaire s’avère avoir le plus faible impact sur la santé par kWh produit, par rapport aux filières utilisant des combustibles fossiles, biomasse ou l’incinération des déchets ».

L’éolien et le solaire nécessitant des centrales thermiques fossiles pour assurer la perma- nence de la production, il faut aussi compter les accidents sur la santé de ces filières pour livrer une information complète et juste.

Cependant, l’énergie nucléaire a été tenue à l’écart des énergies vertes par des écologistes antinucléaires œuvrant en Europe. Ces « pseudo-écologistes » semblent rechercher le paradis perdu originel et se nourrir en partie de l’insatisfaction consumériste qui éloignerait les hommes de Mère Nature. Ils ont une vision de l’avenir inspirée par le passé (le retour à la nature de nos ancêtres), et, selon moi, rejettent le progrès scientifique et technique, dont l’industrie nucléaire est un symbole par sa complexité.

Pourtant, l’écologie n’appartient pas à un parti politique antinucléaire. Elle n’est ni de droite ni de gauche. Elle est devenue un enjeu pour l’Humanité, à la fois culturel, sociétal, politique et économique. L’écologie est désormais utilisée pour donner un avenir durable à l’Homme.

Le temps est donc venu d’associer sans hypocrisie l’écologie au progrès technique dans un monde aux ressources limitées, à la démographie croissante et face aux risques environnementaux. Alors seulement il sera possible de faire émerger le meilleur compromis écologique et énergétique en vue d’améliorer la vie sur Terre. Cette vision impose une éthique de responsabilité pour guider nos choix, notamment en matière de production d’énergie nécessaire au développement de l’Humanité.

La peur est mauvaise conseillère pour établir le futur paysage énergétique durable, propre et équitable que nous voulons tous laisser à nos enfants. Aujourd’hui, de nombreux citoyens discrets, incluant une partie de la jeune génération, pensent déjà que vert rime avec nucléaire.

Ainsi, tout ce qui est durable vis-à-vis de la consommation des ressources naturelles pourrait être considéré comme vert. Une production verte doit laisser peu de déchets et leur gestion doit être respectueuse de l’environnement.

Le problème de l’éolien

Or, le nucléaire nécessite huit fois moins de béton et quatre fois moins d’acier que les éoliennes pour produire la même énergie [2] pendant leur durée de vie respective (25 ans pour les éoliennes et 60 ans pour l’EPR) et rejette peu de déchets. Le volume total représente une canette de boisson par an et par Français, et 90% de ces déchets sont déjà définitivement stockés.

Le volume des seuls déchets radioactifs de haute et moyenne activité à vie longue (HAVL) représente seulement quelques grammes par an et par Français. Même dilués dans du verre et recouverts d’acier et de béton, leur volume ne représente chaque année que l’équivalent d’un dé à coudre par Français (700 m3), soit au total le volume d’une maison particulière avec un étage. C’est un million de fois moins que nos autres déchets industriels et ménagers.

Leur gestion sûre et pérenne est démontrée internationalement, malgré l’agitation régulière d’épouvantails par des activistes antinucléaires qui affirment le contraire. Ces déchets confinés sont très contrôlés. Ils ne risquent pas de perturber les équilibres planétaires, la Terre étant des millions de fois naturellement plus radioactive.

La conscience écologique populaire associe souvent « vert » à ce qui est recyclable.

Or l’énergie nucléaire recycle une partie de ses combustibles usés (environ 15% aujourd’hui [3]) dans presque la moitié du parc de réacteurs (26 réacteurs sur 58). Ce recyclage atteindra jusqu’à 96% à partir du milieu de ce siècle en ne laissant que 4% de produits de fission (les déchets ultimes) grâce à la surgénération dans les réacteurs de quatrième génération. Cette qualité du nucléaire en fait un champion de l’économie circulaire en consommant moins de 100 tonnes d’uranium par an. Cette quantité représente un cube de moins de deux mètres de côté [4] (soit l’intérieur d’une petite voiture de type Clio ou 206) pour alimenter la France en électricité, et… en partie ses voisins.

Le nucléaire est donc bien vert. Cette source d’énergie est naturelle (issue directement de la terre), compacte (elle demande peu de surface par kWh produit), économe en combustible (un gramme d’uranium par Français et par an), émet peu de déchets dont la gestion est exemplaire. De plus, son empreinte radioactive est négligeable devant les expositions radioactives naturelles (et encore plus médicales), et elle n’émet presque pas de CO2 (7 à 8 g/kWh comparés aux 400 g/kWh du gaz et aux 900 à plus de 1000 g/kWh du charbon… allemand). Cette énergie bas carbone contribuera donc aussi grandement à tenir les engagements de la COP 21.

Enfin, elle est en partie gérée en « économie circulaire » (recyclage) depuis 30 ans et elle est durable grâce, demain, aux réacteurs de quatrième génération (GEN IV).

Le nucléaire, déjà vert, le sera de plus en plus au cours de ce siècle, en devenant durable pour des millénaires.

  1. Une autre partie soutient le nucléaire comme, par exemple, les adhérents de l’Association des écologistes pour le nucléaire (AEPN).
  2. Article a129bis au lien suivant : https://sites.google.com/site/sitemichel73/home/essai-1
  3. Article 29 au lien suivant : https://sites.google.com/site/sitemichel73/home/essai-1
  4. L’uranium est « lourd ». La densité, ou masse volumique, de l’uranium métallique élémentaire, U, est de 19,1 tonnes par m³ ; 2 m x 2 m x 2 m = 8 m3 et donc 8 m³× 19,1 t/m³ = 153 tonnes d’uranium métallique élémentaire, U ; d’autre part, le dioxyde d’uranium (UO2), qui est la forme chimique utilisée actuellement comme combustible, a une densité de 11 t/m³ et donc 8 m³ x 11 t/m³ = 88 tonnes de dioxyde d’uranium, UO2.
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