Etat et perspectives du nucléaire: contraste entre la Suisse, l’Europe et le reste du monde

La WNA (World Nuclear Association) vient de publier un rapport intitulé
«World Nuclear Performance Report 2017 » qui analyse l’état et les perspectives aujourd’hui du nucléaire dans le monde.

Agneta Rising, directrice générale du WNA, donne ses conclusions générales : le nucléaire est en croissance et présente de bonnes perspectives de développement. Les raisons sont à la fois économiques, sociales et écologiques. Cette situation positive vaut partout dans le monde sauf en Europe, en Amérique du Nord et …en Suisse. Les causes de ce contraste : focalisation sur les risques du nucléaire, largement surévalués et absence d’analyse de ses avantages, en particulier économiques et écologiques.

Quelques extraits significatifs des conclusions d’Agneta Rising

Situation générale du nucléaire dans le monde

La production nucléaire est en croissance. Il y a eu au cours de chacune des quatre dernières années une augmentation de l’électricité produite à partir du nucléaire. La capacité nucléaire globale a aussi augmenté, comme elle l’a fait chaque année dpeuis les débuts du nucléaire dans les années 50.Cette année la capacité des réacteurs connectés au réseau a atteint son plus haut niveau de tous les temps avec 350 GWe.

Situation au Japon

Le redémarrage des réacteurs du Japon a pris plus de temps que prévu. Les procédures d’approbation des autorités de sécurité et des autorités locales s’est révélé très coûteux. Cependant on peut s’attendre à une augmentation des réacteurs qui vont reprendre du service, au vu des nombreuses mises à niveau des systèmes de sécurité effectuées en conformité avec les nouvelles normes et des requêtes de redémarrage présentées.

Construction de nouveaux réacteurs

Le niveau est élevé avec 61 réacteurs en construction à la fin de 2016. Il y a eu 60 plus de 60 réacteurs en construction durant les six dernières années, un niveau qu’on n’avait plus vu depuis le début des années 90.

Sur le ralentissement en Europe et en Amérique du Nord

L’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord ont été leader en matière de construction nucléaire dans les années 70 et 80 : le nucléaire y est une composante significative du mix de production électrique ainsi que la plus importante ressource à faible niveau de carbone. Mais la construction de nouveaux réacteurs dans ces régions est en ce moment faible et certains projets ont fait face à des retards et à des incertitudes. Ce faible niveau de nouvelles constructions est aussi une conséquence des excellentes performances d’exploitation du parc de réacteurs existants. Non seulement les facteurs de charges et les puissances nominales ont été augmentés et délivrent plus d’électricité, mais aussi beaucoup de réacteurs ont fait des démarches avec succès pour prolonger les durées de vie initialement prévues. On estime qu’une majeure partie du parc pourra atteindre 60 ans et plus. Avec des réacteurs capables de produire plus et plus longtemps, le besoin de nouveaux réacteurs a été différé.

Sur les difficultés de l’EPR et d’Areva (ne sont pas explicitement nommée, mais on comprend)

Les temps de construction des nouveaux réacteurs ont en moyenne baissé. Cependant la construction de nouveaux réacteurs a subi des retards dans quelques pays. Les procédures d’approbation auprès des autorités de sécurité et souvent long ; les nouvelles exigences de sécurité se heurtent à des retards, des incertitudes, voire à des échecs.
Construire un 1er réacteur d’un nouveau concept dans des pays où il n’y a plus eu de chantiers depuis des décades ajoute aux défis. Etablir des chaînes de fournisseurs et développer l’expertise locale prend du temps. Il y a nécessité d’une « masse critique » de construction dans ces régions pour disposer des bénéfices de la série et d’une expérience de construction qui permette de délivrer des centrales en tenant les délais et les budgets.

En dehors de l’Europe et de l’Amérique du nord, le nucléaire est en croissance : le programme Harmony

Le nombre de réacteurs raccordés au réseau au cours des deux dernières années correspond aux objectifs du programme Harmony, programme qui traduit une vision de l’industrie nucléaire pour satisfaire de manière durable les besoins croissants en énergie du monde.
L’objectif d’Harmony est de disposer d’un supplément de puissance nucléaire nouvelle de 1000 Gwe à l’horizon 2050, soit d’atteindre une part de 25% de la production d’électricité à cette date. Ceci s’inscrit dans une volonté de réduire la dépendance fossile autant que possible, tout en répondant aux besoins d’électricité d’une population mondiale croissante.

 

 

Les qualités du nucléaire sont sous-évaluées

Le système énergétique actuel a de la peine à prendre en considération la sécurité dans une perspective holistique (globale) de la société. Les bénéfices pour la santé et l’environnement de l’énergie nucléaire ne sont pas évalués sur des bases équitables par rapport aux énergies renouvelables. La préoccupation d’aujourd’hui de « la sécurité d’abord » conduit à focaliser le débat sur les questions critiques de sécurité tout en ignorant les autres facteurs que sont l’économie, l’industrie, le social, la santé publique et l’environnement.
La prise en compte de l’ensemble de ces facteurs devrait conduire le nucléaire a augmenter sa contribution déjà substantielle en faveur d’un mix énergétique global qui soit en mesure de satisfaire les besoins de la population envers une électricité abordable, fiable et durable.

Commentaire du ClubEnergie20951 sur la situation suisse.

Le vote sur la SE 2050 est l’aboutissement malheureux d’une politisation excessive de l’énergie, politisation qui a écarté les vérifications scientifiques et fait miroiter l’illusion que tout est possible avec une simple volonté politique. Deux aspects de cette politisation excessive:

1) tout se passe comme si il y avait de bonnes énergies de gauche et de mauvaises énergies de droite, ou l’inverse. En réalité on sera tous gagnants si l’énergie est bien gérée, et tous perdants dans le cas contraire.

2) lors du grand débat TV (RTS – Infrarouge) qui a précédé le vote, il n’y avait sur le plateau que des politiciens, aucun représentant des professionnels de l’électricité et aucun des milieux scientifiques (EPF, recherche,…). La compétence des électriciens en matière de sécurité d’approvisionnement de l’électricité n’a pas été mise à profit. Dito pour la compétence des scientifiques de dire si les calculs des électriciens sont sérieux ou pas.

Une illustration grave des conséquences potentielles de cette politisation excessive qui écarte les réalités techniques, économiques et écologiques est la débâcle des barrages hydrauliques.

Problème général: le problème des bonnes intentions les plus sincères, mais qui conduisent à des catastrophes. Habituellement il y a toujours un minimum de controverse autour de n’importe quel objet. Mais là, sur les barrages, il n’y a vraiment personne pour vouloir du mal aux barrages. Pour une fois c’est un bien, un patrimoine collectif, reconnu par tous d’un bord à l’autre de l’échiquier politique. Tous veulent le bien des barrages. Malgré cela les barrages vont très mal.

La leçon qu’il faut en tirer: les bonnes intentions ne suffisent pas toujours
C’est un défi: il faut trouver mieux que les bonnes intentions pour faire la bonne analyse et imaginer le bon remède.

Dit autrement : la bisounoucratie a ses limites. Elle ne remplace pas la compétence et l’expérience

Références.

Le rapport «World Nuclear Performance Report 2017 » complet est sur :
http://www.world-nuclear.org/getmedia/b9d08b97-53f9-4450-92ff-945ced6d5471/world-nuclear-performance-report-2016.pdf.aspx

Les conclusions d’Agneta Rising complètes se trouvent aux pages 28 et 29 de ce rapport

Plus sur le programme Harmony :
http://www.world-nuclear.org/our-association/what-we-do/the-harmony-programme.aspx

Sur la débâcle des barrages: https://clubenergie2051.ch/2016/03/31/lhydraulique-cest-plus-qualpiq-comprendre-pour-agir/

 

 

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