L’Allemagne montre une fois encore un bilan énergétique avec 79,5% d’agents fossiles, mais, grâce aux subventions, elle pratique des prix de dumping pour l’électricité exportée …

La consommation d’énergie primaire de 2015 en Allemagne est toujours couverte à 79,5% par des agents fossiles, comme en 2014, et à 12,5% par des sources renouvelables (11,5% en 2014). Pas moins de 33,9% sont dus au pétrole, 21,1% au gaz, et 24,5% sont dus au lignite (11,8%) et à l’anthracite (12,7%) qui servent à produire de l’électricité.

En effet le bilan de la production d’électricité est encore de 52% par des agents fossiles (charbon, pétrole et gaz), malgré les 30% atteints par les sources renouvelables.

En 2015, la consommation d’énergie primaire a crû de 1,1% par rapport à 2014, celle de la production d’électricité de 3,8% et celle de la consommation d’électricité de 1,3%.

De façon notable, le bilan net d’exportation d’électricité est passé de 35,6 TWh en 2014 (différence entre 74,5 TWh d’exportation et 38,9 TWh d’importation) à 51,8 TWh en 2015 (différence entre 85,2 TWh d’exportation et 33,5 TWh d’importation), soit une augmentation de 45,5% !

La Suisse est justement l’une des « bénéficiaires » de ces exportations allemandes, mais en important à des prix de dumping, étant donné les trois effets suivants qui s’additionnent : 1° il y a pléthore d’énergie offerte, 2° les sources renouvelables sont prioritaires sur les réseaux, 3° elles sont fortement subventionnées. Pour toutes ces raisons combinées, elles sont revendues à des prix bien en-dessous des coûts de production, voire à des prix négatifs aux heures de surproduction ! Il en découle la situation catastrophique que nous connaissons dans le secteur de l’énergie hydraulique en Suisse devenue ainsi non rentable et même non concurrentielle.

En 2013, la Suisse a importé 36,2 TWh, en 2014, 37,4 et, en 2015, près de 42 TWh (donc en moyenne maintenant plus de 3 TWh par mois, dont un tiers venant de France), ce sont là nos importations nettes (et non pas brutes, ces dernières prenant en compte les transits internationaux), même si nos exportations nettes (réalisées parallèlement à d’autres heures durant toute l’année) ont été de 38,6 TWh en 2013, de 42,9 TWh en 2014 et de probablement 44 TWh en 2015 ! (N.B. : les chiffres de l’année civile 2015 sont encore provisoires alors que ceux de l’année hydrologique 2014/15 sont définitifs). Le solde annuel reste encore exportateur pour la Suisse, grâce à 3 mois de forte exportation (soit en mai, juin et juillet 2015), mais il faut souligner que, durant les neuf autres mois de l’année 2015, le solde a été nettement importateur.

Le paradoxe de cette situation se résume à cela : sur l’année hydrologique 2014/15 qui s’est achevée le 30 septembre 2015, la Suisse a eu une production brute de 68,6 TWh ; moins le pompage de 2,2 TWh, cela donne une production nette de 66,3 TWh ; elle a exporté 44,4 TWh (soit 67% !!!), ce qui n’a laissé que 21,9 TWh (soit 33% !!!) pour la consommation nationale ! Comme la consommation brute du pays a été de 62,6 TWh, la Suisse a importé 40,7 TWh. On voit ainsi que 65% de notre consommation nationale est couverte par des importations !

On constate avec effroi que, au fil des ans, la part d’électricité importée est devenue majoritaire dans notre consommation alors que nous produisons bien plus que ce dont nous avons besoin. Il n’y a pas eu une obligation, mais une volonté d’importer autant pour des raisons de pur business qui vont à l’encontre de notre intérêt national d’autosuffisance, seule cette qualité prioritaire pouvant nous assurer une consommation de kWh de la meilleure qualité environnementale qui soit.

Car l’Allemagne de son côté continue pourtant d’émettre 9 tonnes de CO2 par habitant et par an et la Suisse, qui fait deux fois mieux dans ce domaine et qui produit son électricité avec 64% d’hydraulique, se trouve gravement pénalisée par ses importations d’électricité allemande, au point que son secteur de production hydroélectrique est même mis en danger. Il est temps de réagir en donnant la priorité à nos diverses sources de production nationales. Que le Parlement prenne en mains sérieusement le problème et ne se contente pas d’une symbolique subvention pour l’hydroélectricité financée par un nouveau prélèvement de 1 ct/kWh sur les consommateurs !

En lieu et place d’un nouveau paquet de subventions, il faut de toute urgence décider et mettre en oeuvre cette priorité nationale donnée aux producteurs du pays, quitte à bousculer pour un temps le sacro-saint libéralisme. Ce qui est en jeu, c’est tout simplement le maintien, le bon fonctionnement et la rentabilité de l’infrastructure productrice d’électricité de ce pays.

Christophe de Reyff

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