Débat nucléaire : désinformation et confusion.

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Illustration: les confinements de Mühleberg et de Beznau.

MM. Roger Nordmann (PS) et Christian van Singer (les Verts) en ont nié l’existence dans un débat public à Cossonay le 10-11-2016

En apparence, les antinucléaires veulent la sécurité. Vraiment ? Faites un test : demandez à un antinucléaire militant en quoi il faudrait améliorer la sécurité, en quoi les normes de sécurité ou leur applications présenteraient-elles des faiblesses à corriger. Vous n’obtiendrez pas de réponses précises : en fait les normes de sécurité et les parades pour prévenir les risques, ils ne les connaissent pas bien. Constat : le discours des militants consiste à dire en substance que le nucléaire est tellement dangereux qu’il est impossible a priori d’en maîtriser les risques. Il n’y a même pas besoin d’analyser. Si vous faites valoir que c’est une position peu argumentée, qui tient du refus inconditionnel et dogmatique, ils vous répondent qu’ils ont des arguments : Tchernobyl, Fukushima et les déchets. En fait ils veulent la disparition, pas la sécurité. Ils n’ont d’ailleurs jamais faits de propositions concrètes pour améliorer la sécurité. Il faut bien voir qu’un nucléaire reconnu comme sûr serait une catastrophe pour certains partis et ONG : comment faire encore des voix ou des cotisations ?

Anecdote pour illustration. Dans un débat récent le 10  novembre à Cossonay, le député PLR Guy-Philippe Bolay, qui dit non à l’initiative des Verts, montre que la sécurité des centrales de Fukushima n’est pas la même que celle des centrales suisses. Bien informé, il énumère une série de dispositifs qui manquaient à Fukushima. Hauts cris de MM. Roger Norman PS et Christian van Singer LV qui déclarent en substance : « c’est faux ! Les réacteurs suisses sont pires que ceux de Fukushima ! D’ailleurs les plus anciennes centrales, Mühleberg et Beznau n’ont même pas de confinement de sécurité (double cloche de béton et d’acier autour du réacteur) ! Voilà un incroyable déni de réalité, regardez les photos ci-dessus : les bâtiments cylindriques surmontés d’une coupole sont des confinements de sécurité et ils sont bien visibles. Si le nucléaire est tellement mauvais selon MM. Nordmann et Van Singer, pourquoi ont-ils besoins de tels mensonges pour convaincre ?

La réalité est qu’une technologie, même à risques, n’est pas en soi dangereuse ou sûre, cela dépend de l’usage qui en est fait, donc de la manière dont des humains appliquent cette technologie. La question essentielle à débattre est celle des conditions (normes) de sécurité que la société veut exiger pour que le risque soit acceptable. L’attitude saine est de dire « oui, si telles conditions sont appliqués… » et « non, si ces conditions ne sont pas appliquées… ». C’est l’attitude raisonnable, loin de deux extrêmes aussi inacceptables l’un que l’autre : le « non à tout prix » ou le « oui à tout prix ». Constat : cette question des conditions d’acceptation, de savoir « quelle sécurité voulons-nous ? » n’est jamais ni posée, ni débattue.

Une remarque encore sur la sécurité. On a beaucoup parlé de la cuve de Beznau. De milliers de trous a-t-on pu lire : avec un seul trou elle ne tiendrait pas la pression et le réacteur s’arrêterait. Pour nous « informer » des médias on fait appel à des experts de Greenpeace (!). Or il y a deux professeurs de l’EPFL, l’un expert en génie nucléaire et l’autre en métallurgie. Le second est même membre du Conseil de l’Inspectorat fédéral de la sécurité nucléaire. Personne ne connaît leurs noms, encore moins leur avis. Notre pays se paie cher des experts qualifiés pour … ne pas s’en servir ?

Les déchets. Personne ne parle et n’explique la solution mise en place. Le seul refrain constamment répété est : « il n’y a pas de solution ». Or nous avons deux catégories de déchets indestructibles et toxiques à long terme : les déchets dits « spéciaux » et les déchets nucléaires. Les volumes sont respectivement de 100 contre 1. Les durées de vies sont respectivement de l’éternité (pas de décroissance de la toxicité chimique) contre quelques dizaines de milliers d’années pour les radio-isotopes les plus longs. Dans les deux cas la sécurité s’obtient par une isolation stricte de la biosphère : soigneusement isolé un déchet ne peux pas nuire. L’efficacité de la gestion des déchets peut se vérifier simplement en regardant les cas de fuites de substances toxiques dans la biosphère, c.à,d les cas de contamination. Un inventaire fédéral recense 38’000 sites contaminés par des déchets spéciaux. Exemples : la décharge de Bonfol et le mercure de la Lonza à Viège. Dans env. 4’000 cas la contamination ne reste pas confinée au site mais s’échappe par les eaux souterraines. Il n’y a pas un seul site contaminé en Suisse  par de la radioactivité autre que naturelle. Non seulement une solution pour les déchets radioactifs existe, mais elle est très efficace.

Les avantages du nucléaire sont ignorés. Or ces avantages sont sérieux : la fission de 1gramme d’uranium produit autant d’énergie que la combustion de 1,5 tonne : au niveau des déchets 1 gramme de produits de fission vitrifiés et isolés de la biosphère remplacent env. 4.5 tonnes de CO2 avec polluants divers (NOx, particules,…) dispersés dans l’atmosphère. Aucun pays n’a réussi à la fois à réduire sa dépendance pétrolière (ou fossile) et à se passer du nucléaire : pour longtemps encore les seules énergies alternatives et les économies d’énergie ne seront pas suffisantes pour freiner l’expansion des fossiles. Exemple l’Allemagne : tant les émissions de CO2 que les prix de l’électricité ont sensiblement augmenté. Autre exemple la Suède. Elle a décidé il y a plus de trente ans de sortir du nucléaire, mais en mettant deux conditions : 1) pas d’augmentation des émissions de CO2 et 2) pas de hausse excessive des prix de l’électricité. Ses scientifiques n’ont pas réussi à démontrer que ces deux conditions étaient réalisables : elle a en conséquence annulé son décret de sortie du nucléaire. Pas une ligne dans les médias romands sur cette réalité suédoise. Par contre, Le Matin du 15-11-2016 fait un reportage en une et sur 8 (huit !) pleines pages d’une « île verte » du Danemark qui s’alimente de manière autonome en vent et en soleil : sans analyse chiffrée sérieuse, sans évoquer que la densité de population y est très faible avec par contre des vents très forts. Mais des messages appuyés que « c’est possible », « il suffit de vouloir » et « la Suisse doit faire la même chose ». Sans le moindre recul critique. L’île verte danoise et la Suède c’est la paille et la poutre. Journalisme ou militantisme ?

En plus l’interdiction du nucléaire proposée est une interdiction définitive de la technologie. Les développements en cours avec les réacteurs de 4e génération, la surgénération, le thorium, une réduction des déchets et une sécurité encore meilleure ouvrent des perspectives de plusieurs milliers d’année d’une énergie abondante, bon marché, fiable et avec un impact environnemental minimal. Tout cela passera à la trappe.

Dernier exemple de désinformation : la question des coûts. Le slogan qui revient sans cesse : le nucléaire n’est plus rentable. Cela cache deux réalités qui ne sont pratiquement jamais expliquées :

1)     le prix du kWh est maintenant formé en bourse européenne. À cause d’excédents de production ils sont tombés longtemps en dessous des prix de revient de n’importe quels kWh

2)     sur l’échelle des prix de revient de l’électricité on a toujours du moins cher au plus cher dans l’ordre : le charbon (si la centrale est à côté de la mine), le nucléaire, l’hydraulique, l’éolien (sans compter les frais de stockage) et le solaire (dito)

S’ajoute que les distributeurs d’électricité ne font pas profiter leurs clients captifs de ces prix bas de la bourse : les tarifs en vigueur payeraient le nucléaire et l’hydraulique. Mais les producteurs sinistrés ne vendent plus leur kWh pourtant rentables par rapport aux tarifs et ne sont plus rémunérés.

Vous avez sans doute vu les affiches des Verts avec des visages d’enfants et ce slogan : Jonas, ou Mélanie, n’ont pas besoin du nucléaire. C’est vrai ils sont concernés. Mais il y a un non-dit terrible : que font les parents ? Eux s’octroient généreusement le droit d’utiliser encore le nucléaire. Ils s’en excusent avec des considérations sur les risques de pannes ou d’envolée des prix d’une sortie trop rapide. En fait ils font porter l’interdiction sur leurs enfants qui ne votent pas encore : mon enfant, pour ton bien, je vais te laisser mes déchets mais pas le droit de profiter à ton tour des avantages du nucléaire et de ses perspectives de développement. Pourquoi ne pas laisser Jonas ou Mélanie décider eux-mêmes ? Les antinucléaires ont souvent une posture plus morale que rationnelle : cette attitude-là est-elle défendable d’un point de vue éthique ?

À chacun de répondre : sur cette question, et bien d’autres d’ailleurs, pas besoin d’être expert.

Votez oui, votez non, mais votez informé.

J.-F. Dupont / 18-11-2016

Article publié sur: http://lesobservateurs.ch/2016/11/18/debat-nucleaire-desinformation-et-confusion/

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Un commentaire pour Débat nucléaire : désinformation et confusion.

  1. Et pourtant Monsieur Van Singer se targue d’être physicien (au moins sur le papier)….En fait, entre Madame Chevalley, et Messieurs Van Singer et Nordmann, nous avons le trio infernal des experts auto-proclamés de l’énergie. Monsieur Marchand, rédacteur de La Tuile ne s’y est pas trompé en qualifiant Madame Chevalley de, je cite, « pseudo-scientifique ». La dite dame n’a guère goûté le vocable et a poursuivi le rédacteur de cet impétueux, et rafraîchissant, journal en justice. Certains chefs d’accusations ont été retenus mais pas la diffamation ni la calomnie…Amusant non?

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