Interdiction a priori de technologies actuelles et futures.

P. Multone, 27 mars 2017.

Que ce soit une interdiction a priori ou une introduction forcée de technologies, cela ne contribue pas à préparer sereinement les éléments constitutifs de notre futur système énergétique et oblige une partie de la population à supporter des coûts très importants qui ne lui profiteront pas.

Les réserves prouvées de combustibles, charbon, pétrole, gaz, qui couvrent environ 80 % des besoins mondiaux en énergie sont suffisantes pour les 40 à 50 prochaines années. Les réserves techniquement utilisables et les réserves ultimes pour le seul charbon sont suffisantes pour 300 ans au rythme de notre consommation énergétique annuelle et mondiale d’aujourd’hui. Pour l’uranium, avec les futures technologies, dites de 4e génération, les réserves suffisent pour plus de 6000 ans, sans parler du thorium ou de la fusion nucléaire…

Les prochaines décennies ne verront donc pas de pénurie dans le domaine de l’énergie, mais le coût de l’énergie restera un facteur clé dans l’économie mondiale. Cela d’autant plus pour les pays européens et la Suisse, car si les pays qui se développent rapidement font appel aux énergies les « meilleur marché » (le charbon est globalement le combustible le meilleur marché), ils bénéficient d’un coût de main d’œuvre inférieur à celui des pays occidentaux et possèdent ainsi un avantage compétitif certain.

Cela n’a pas échappé aux gouvernements allemand et suisse ! Ils ont ainsi exonéré leur grande industrie des taxes destinées au subventionnement de leur politique relative au « tournant énergétique » et ont entièrement reporté la charge sur les PME, les citoyens et l’ensemble de la population résidente !

À ces entreprises, ces ménages et ces personnes de payer, pour l’importation des panneaux photovoltaïques et des éoliennes, majoritairement produits à l’étranger, pour les subventions offertes aux auto-producteurs, pour les subventions indirectes des bureaux d’études, des installateurs et importateurs, sans parler des organismes politiquement engagés, comme SuisseÉole ou Swissolar.

Quel est l’intérêt pour notre pays de continuer à subventionner massivement des technologies qui, techniquement, ont atteint la maturité et qui devraient donc être compétitives sur le marché de l’électricité ?

L’argent que les PME, les citoyens et la population devront débourser ne serait-il pas mieux utilisé pour leurs propres besoins ou autrement, par exemple, dans des domaines comme ceux de la recherche et le développement énergétique ?

Les prochaines décennies verront évoluer nos façons d’utiliser l’énergie à notre disposition. Mais dans un certain nombre de domaines il reste encore bien des travaux à faire !

  • Le recours à l’électricité va continuer à croître en raison de sa souplesse d’utilisation et de la concentration croissante de la population. Cette demande en électricité demandera non seulement beaucoup d’énergie (en milliards de kWh), mais surtout l’assurance qu’une grande puissance (en milliards de watts) soit disponible en tout temps.
  • Avec le développement des énergies alternatives, des besoins énormes de stockage seront à inventer et à développer pour assurer un stockage journalier et surtout saisonnier.
  • La géothermie devra encore faire la preuve de ses capacités de production industrielle.
  • Le renforcement du réseau existant et la mise à disposition de nouvelles capacités de productions électriques seront nécessaires ; par exemple, pour répondre aux besoins de recharges rapides des batteries du parc automobile que l’on souhaite voir devenir de plus en plus électrique.
  • La recherche nucléaire se poursuit partout dans le monde, que ce soit au niveau de la fission ou à celui de la fusion, et vise à utiliser au mieux les combustibles classiques et potentiels, comme le thorium, et à développer des installations qui bénéficieront des 50 ans d’expérience des réacteurs ou des enseignements de l’expérience d’ITER.
  • Enfin, le moment est bientôt venu de commencer à remplacer ou à rénover nos grandes installations hydroélectriques et de commencer à remplacer tous les panneaux PV et les éoliennes, subventionnés et installés jusqu’à aujourd’hui, car aucune de ces installations mises en œuvre à ce jour et jusqu’en 2020 n’existera plus en 2050.

Le temps présent est à la recherche et au développement, il n’est pas à l’interdiction de choix technologiques : toute technologie doit être considérée et toutes ont encore du potentiel.

C’est dans un tel contexte que la SE 2050 se propose de renoncer au remplacement de nos 5 réacteurs nucléaires.

Par ailleurs, elle souhaite les garder en activité jusqu’à ce que l’autorité de sûreté nucléaire de la Confédération (IFSN) ou leurs propriétaires décident de les arrêter.

Tout cela revient à ce que la transmission à nos enfants de notre outil de production d’électricité nucléaire devienne impossible.

Ainsi, après que l’on aura bénéficié pendant bientôt 50 ans des avantages de l’énergie nucléaire, et que l’on s’apprête à y recourir encore pendant quelques décennies, notre génération s’arrogerait le droit, par souci du bien-être des générations futures, de leur refuser cet héritage ! Cela relève à notre avis de l’arrogance et, scientifiquement, de l’idéologie.

Laissons à nos descendants la liberté de choisir leurs objectifs et les moyens de les atteindre ! Ils bénéficieront certainement de plus d’expérience scientifique et technologique que nous et seront au minimum aussi intelligents et raisonnables…

Dans son livre « Réarmer la raison » cliquer ici, Michel de Rougemont aborde cette thématique. Nous en tirons ci-dessous quelques extraits.

« Il y a dans cette demande d’interdiction de technologie, une attitude de mère abusive qui considère ses enfants comme indéfiniment mineurs ; il lui est inimaginable qu’ils puissent un jour avoir plus d’expérience qu’elle, être plus intelligents et plus raisonnables. Il lui faut décider aujourd’hui ce qui sera bon pour eux, sans leur laisser la possibilité de faire des choix par eux-mêmes (…) »

« Se soucier de manière permanente de ce que feront les générations futures est une forme de manque de respect par anticipation. Si je regarde en arrière, je suis bien content que mes ancêtres aient fait les progrès dont je jouis des fruits, et je sais qu’ils les ont faits parce qu’ils travaillaient à l’amélioration de leur condition, et non à mon hypothétique bien-être. (….) »

« Au-delà des bons sentiments je vois une grande prétention : le pharisien moderne s’arroge une responsabilité qu’il est pourtant incapable de porter et se pose ainsi sur un piédestal de fausse haute moralité. S’il était accessible à la modestie il balayerait devant la porte de sa maison les poussières qui s’y trouvent aujourd’hui plutôt que de fantasmer sur les maisons, les poussières et les balais du futur. »

Cet article a été publié dans Non-catégorisé, Stratégie Energétique 2050 - Vote 21 mai 2017. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Interdiction a priori de technologies actuelles et futures.

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