SE 2050 et Alpiq : réponses à Monsieur René Longet

Sur son blog dans Le Temps, Monsieur René Longet a posté le 6 avril 2018 une communication intitulée :

Alpiq se défait de sa branche services énergétiques, quel message sur l’état de notre économie électrique ?

Source : https://blogs.letemps.ch/rene-longet/2018/04/06/alpiq-se-defait-de-sa-branche-services-energetiques-quel-message-sur-letat-de-notre-economie-electrique/

 

Cette communication est suivie d’un échange de commentaires. Dans l’un de ses commentaires (7-04-2018) Monsieur René Longet déclare :

Cher Monsieur Dupont

Nous nous connaissons depuis tant d’années… Et si nous nous mettions d’accord que le parlement d’abord, le peuple ensuite, s’est retrouvé autour d’un compromis bien helvétique, la nouvelle loi sur l’énergie, qui définit les priorités à suivre, et que ce consensus doit maintenant guider nos actions? Il y a pas mal de points d’accord dans ce paquet, faisons-les fructifier au lieu de poursuivre des polémiques – qui ne sont certes pas dépourvues d’intérêt – mais qui nous éloignent de la feuille de route que le peuple a validée. Faisons vivre une vraie dynamique autour de ce qui a fait consensus, qui est riche et loin d’être atteint dans la pratique – développement des NER, optimisation de l’usage des énergies – poursuivons sur le chemin qui nous a permis depuis plus de 20 ans de stabiliser, en gros, les émissions de CO2 et la consommation d’électricité alors que la population a augmenté de 25% et le PIB de 45%, pour aller désormais les objectifs de réduction que nous nous sommes démocratiquement donnés

Voilà ma réponse résumée telle que postée sur le blog de M. Longet :

Merci de vous souvenir de nos rencontres.

Vous me proposez d’adhérer au « compromis » du Parlement et du peuple que représente selon vous la SE 2050.

Je ne peux pas. Parce que la SE 2050 n’est pas un compromis. Il faut appeler un chat un chat : la SE 2050 est une imposture qui a joué sur la peur des citoyens pour écarter les connaissances et forcer les décisions.

Je m’explique. Comme scientifique j’essaie de déterminer, dans tout débat, quelle est la part des préférences libres (les goûts, les couleurs et les convictions) et la part de la réalité scientifique. Sur ce qui relève de la réalité scientifique, je ne peux pas me reposer sur mes préférences ou mes convictions : je dois par déontologie professionnelle vérifier ce qui est conforme à la réalité. Résultat de la vérification, la SE 2050 n’est pas conforme à la réalité sur deux points essentiels :

1) elle n’est pas « faisable », on ne peut pas garantir la sécurité d’approvisionnement en électricité si à la fois on veut réduire la part du fossile, se passer du nucléaire et éviter des prix excessifs

2) l’interdiction du nucléaire contenue dans la SE 2050 est une très mauvaise mesure à la fois extrémiste, injuste et dommageable pour l’économie et l’écologie.

Quant à Alpiq, point de départ de votre billet, un constat :

c’est un signal d’alarme emblématique qui montre les limites des politiques énergétiques basées sur et seulement sur les bons sentiments. C’est bien les bons sentiments, ils n’ont pas manqué pour l’hydraulique. Qui a voulu du mal à nos barrages ? Tout le monde, la main sur le coeur en a reconnu la vraie valeur : énergétique, écologique et patrimoniale. Et pourtant la débâcle est là. Les bons sentiments ne suffisent pas : il faut aussi des compétences.

Voilà pour l’essentiel de mes propres conclusions.

Pour un peu plus de démonstration, qui prend un peu plus de place, je ne veux pas abuser de l’hospitalité de votre blog. Je vous propose, si vous êtes intéressé, de poursuivre sur :

https://clubenergie2051.ch/2018/04/09/se-2050-et-alpiq-reponses-a-monsieur-rene-longet/

 

Voilà ma réponse plus détaillée.

1) Faisabilité de la SE 2050

La SE 2050 n’est pas « faisable », car on ne peut pas garantir la sécurité d’approvisionnement en électricité si à la fois on veut réduire la part du fossile, se passer du nucléaire et éviter des prix excessifs. C’est ce que montrent la plupart des études qui ont tenté d’en démontrer la faisabilité. Voir : https://clubenergie2051.ch/2017/11/22/transition-energetique-la-faisabilite-serieusement-mise-en-question/

Voir aussi l’analyse de l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’énergie et membre du PS Edouard Kiener : https://clubenergie2051.ch/2017/12/07/approvisionnement-electrique-garanti/

L’exemple allemand montre que la transition énergétique augmente les émissions de CO2. Et il y aussi le cas de la Suède qui, après analyse, a annulé son décret de sortie du nucléaire : http://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/comment-la-suede-a-renonce-a-sortir-du-nucleaire_a-32-841.html

Il est vrai que l’analyse de faisabilité n’est pas simple. Mais déjà avec un peu de bon sens on peut se rendre compte de bien des choses. Ainsi on constate que, dans toute la documentation fournie par la Confédération pour convaincre de la pertinence de la SE 2050, il n’y a aucun plan opérationnel. Il n’y a que des objectifs, mais pas les mesures concrètes. Un peu comme un architecte qui vous proposerait une maison mais dont il ne vous livre qu’un cahier des charges et pas les plans. Sans plans, la Confédération n’a pas pu évaluer ni la faisabilité, ni les coûts. Il est à la portée d’une analyse de texte de lycéen de constater l’absence de plans pour la SE 2050 dans les documents de la Confédération.

 

2) L’interdiction du nucléaire : extrémiste, injuste et dommageable.

Extrémiste, parce qu’une technologie à risque doit être sécurisée pour être utilisable avec bénéfice, mais pas interdite a priori et sans conditions. Une technologie n’est qu’un outil, qu’il ne faut ni diaboliser ni idéaliser. Le danger réel dépend de l’usage qui en est fait par l’homme. Cela vaut aussi pour toutes les technologies énergétiques. La démarche fondamentale en matière de sécurité consiste à définir et à appliquer de bonnes exigences de sécurité. Interdire aveuglément une technologie, comme la promouvoir à tout prix sont deux attitudes extrémistes et inacceptables. Si chaque fois que l’humanité a été confrontée à une technologie à risque on avait dit « c’est dangereux, il faut interdire », nous n’aurions pas d’agriculture, pas de toits, pas de mobilité, pas d’industrie, pas de chimie, pas de médecine, même pas le feu !

Injuste parce que Fukushima devait conduire à un réexamen des règles de sécurité et une enquête approfondie sur ce que ces évènements pouvaient remettre en question sur nos propres réacteurs. Ce qui a été fait par l’IFSN (Inspectorat fédéral de la sécurité nucléaire) : le rapport a été publié environ 18 mois plus tard. Ses conclusions : ces réacteurs étaient construits trop proches du niveau du Pacifique (20 m trop bas), mais aussi il leur manquait plusieurs dispositifs indispensables de sécurité, dispositifs que des ingénieurs suisses avaient même proposé à Fukushima, sans succès. Nos réacteurs ne présentaient pas ces lacunes. L’injustice est que nos réacteurs ont été condamnés sans procès équitable, mais par un lynchage politique et médiatique. On fait payer les Suisses pour les erreurs du Japon. Il a enfin été ignoré qu’aucun réacteur au Monde correctement équipé n’a jamais contaminé son environnement.

Dommageable pour notre économie et pour notre environnement enfin parce qu’en se privant du nucléaire, nous nous privons d’une énergie favorable du point de vue des coûts et des bilans écologiques (voir précédent commentaire). En prime on va relancer le recours au fossile, soit par des centrales à gaz, soit en important du charbon allemand.

Voir : https://clubenergie2051.ch/2016/10/24/nucleaire-une-utilisation-intelligente-vaut-mieux-quune-interdiction-aveugle/

 

Quant à Alpiq.

J’en reviens à Alpiq, point de départ de votre communication. Il y a débâcle financière de la grande hydraulique. La cause principale vient du fait que par l’évolution des conditions cadres (SE2050 et ouverture du marché de l’électricité), les distributeurs comme p. ex. les SIG n’achètent plus leurs kWh aux grands barrages (Grande-Dixence), mais à la bourse européenne de l’électricité où les prix sont depuis de longs mois dégradés par un excédent d’offre sur la demande, et bien en-dessous des prix de revient normaux de l’électricité. Dumping boursier aggravé par l’Allemagne et son subventionnement massif de l’éolien et du solaire et par son charbon bon marché.

Le remède est simple : il faut expliquer ce mécanisme de dumping de la bourse UE et il faut que les distributeurs vendent d’abord les kWh disponibles en Suisse, avant d’aller sur le marché UE. La situation est d’autant plus immorale que le tarif facturé aux clients captifs est resté à l’ancien prix qui couvre les coûts de production de l’hydraulique. Berne est en train même de prévoir une taxe de soutien à l’hydraulique que payera le consommateur, qui va ainsi payer deux fois l’électricité hydraulique.

Voir :   https://clubenergie2051.ch/2016/03/31/lhydraulique-cest-plus-qualpiq-comprendre-pour-agir/

Et pendant ce temps, les SIG affichent fièrement avoir une provenance à plus de 85 % hydraulique de leur électricité. Et pourtant ils contribuent objectivement à la mévente des kWh des barragistes suisses, donc à leur débâcle financière.

L’aventure toute récente des remontées mécaniques de Crans- Montana préfigure-t-elle ce qui va arriver avec notre hydraulique quand des investisseurs étrangers auront rachetés nos ouvrages au prix de faillite ?

Le cas emblématique d’Alpiq est un signal d’alarme à l’égard des politiques énergétiques basées sur et seulement sur les bons sentiments. C’est bien les bons sentiments, ils n’ont pas manqué pour l’hydraulique. Qui a voulu du mal à nos barrages ? Tout le monde, la main sur le coeur en a reconnu la vraie valeur : énergétique, écologique et patrimoniale. Et pourtant la débâcle est là. Cela montre tout simplement que les bons sentiments ne suffisent pas : il faut aussi des compétences.

JFD / 9-04-2018

 

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2 commentaires pour SE 2050 et Alpiq : réponses à Monsieur René Longet

  1. michel.fior@bluewin.ch dit :

    Bonjour Monsieur Dupont,
    Bravo pour vos répliques à M. Longet. Ce dernier semble manifester un attachement aux décisions démocratiques que sa propre mouvance n’a cessé da bafouer. Voici un résumé que je tire de notre collègue Lukas Weber de Energiestrategie NEIN :

    1. AKW-Gegner ergriffen eine Volksinitiative zur Beschränkung der AKW-Konzessionen. Das Volk sagte 1979 Nein.
    2. AKW-Gegner ergriffen eine Volksinitiative zum Verbot neuer AKW. Das Volk sagte 1984 Nein.
    3. AKW-Gegner ergriffen eine Volksinitiative zur Stilllegung der AKW. Das Volk sagte 1990 Nein.
    4. AKW-Gegner ergriffen eine Volksinitiative zur Stilllegung der AKW. Das Volk sagte 2003 Nein.
    5. AKW-Gegner ergriffen eine Volksinitiative zur Stilllegung der AKW. Das Volk sagte …2016 Nein.
    6. Wir schreiben das Jahr 2025. Europa erleidet wegen Deutschlands Energiewende regelmässig grossflächige Stromausfälle. Die Strompreise steigen zeitweise in den Himmel, und viele Haushalte und Geringverdiener müssen auf den Stromverbrauch verzichten. Die Schweiz baut Gaskraftwerke und erwägt für die Zukunft günstigere Kohlekraftwerke. Das Parlament hebt das Bauverbot für neue Kernkraftwerke auf. Den Schweizern wird klar, dass sie 2017 einer von Träumern und Profiteuren provozierten Kopflosigkeit gefolgt sind.

    Bien à vous,
    Michel Fior
    SG Paysage Libre Suisse

  2. Sur le site d’Alpiq, on découvre la bio succinte de Monsieur Longet. On y apprend que ce dernier est licencié en…LETTTRES! Bien de loin de la science et des réalités et contraintes de la physique..Ceci explique sans doute cela…
    http://www.alpiq.com/fr/groupe-alpiq/accueil-alpiq/conseil-d-administration/rene-longet.jsp

    PS: ce n’est pas le seul d’ailleurs à prétendre tout connaitre de l’énergie. Messieurs Cramer, Nordmann, Mesdames de Quattro, Thorrens, j’en passe et des meilleures. Les seuls scientifiques ne sont pas de la branche (Madame Chevalley, chimie) ou ont délaissés les paillasses et la recherche de puis si longtemps( si tant est qu’il aient travaillé dans leur branche plus que quelques mois…) (Van Singer) que leurs interventions sont poussiéreuses…On est fatigué de ces « wanabe »!

    Vous l’avez dit, pour mener une politique énergétique, il faut des …compétences!

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