L’érudit et l’Administration

Il était une fois… Non, ce n’est pas un conte, c’est une petite fable. Et ce n’est pas de la fiction. L’érudit s’appelle Jacques Deferne. Il a rédigé un texte « L’homme et l’énergie » dans lequel il s’appuie sur ses connaissances pour dire l’essentiel de ce qu’il a compris. En particulier, il constate sur les questions énergétiques la réalité de nombreuses contraintes techniques et économiques à prendre en compte : on ne peut pas agir simplement selon ses préférences politiques ou morales. L’Administration c’est Energie Suisse, à savoir l’OFEN (l’Office fédéral de l’énergie) à qui il a transmis son texte en disant sa préoccupation à l’égard de la politique énergétique fédérale : elle ne semble pas tenir compte suffisamment de ces contraintes réelles. La réponse de l’Administration n’est pas à la hauteur des réflexions de Jacques Deferne.

L’Administration lui répond (extrait): « En raison de diverses décisions politiques (accord sur le climat, sortie de l’énergie nucléaire, stratégie énergétique 2050, etc.), l’objectif premier est de rendre notre approvisionnement énergétique neutre sur le plan climatique aussi rapidement que possible. Cela fonctionne principalement en augmentant l’efficacité énergétique et en développant les énergies renouvelables ». Or précisément l’analyse de Jacques Deferne montre que les seuls moyens de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables ne sont pas à eux seuls en mesure de résoudre les questions de sécurité d’approvisionnement en énergie et de protection de l’environnement.

Jacques Deferne.

Jacques Deferne est dr ès science de l’Université de Genève. Il a été pendant une vingtaine d’années conservateur du département de minéralogie et pétrographie du Muséum de Genève. Il aime beaucoup la vulgarisation scientifique. Sur ce sujet il a eu quelques débats avec certains collègues et avec certains membres de ses Autorités qui estiment que vulgariser c’est un peu trahir la science. A sa retraite, il a créé, avec une collaboratrice aujourd’hui décédée et un dessinateur de l’équipe de la décoration du Muséum le site Internet https://kasuku.ch/ sous-titré « Les secrets de notre planète » . Kasuku est le nom de son perroquet et les thèmes abordés sont vastes, ils vont des minéraux et des roches jusqu’aux instruments de musique, en passant par le monde des atomes. Il a même une rubrique « Extravagances » qui mérite le détour.

Se fondant sur son érudition et ses talents d’analyses, Jacques Deferne a rédigé une petite synthèse intitulée « L’Homme est l’énergie ». Il dénonce le jeu avec la peur de nouveaux prophètes qui comme dans les religions et les mouvements totalitaires cherchent à imposer leurs visions à la société. Extrait :

« Comme dans toute situation de peur, il faut inventer des boucs émissaires. Pêle-
mêle, on rejette la faute sur les sociétés pétrolières, sur les promoteurs des centrales
nucléaires, sur les voitures, les avions, le CO2 et, plus généralement, sur tous les
dirigeants du monde capitaliste. Et pourtant, ce sont eux qui nous ont apporté bien-
être, confort, sécurité et qui ont contribué grandement à la diminution de la pauvreté
dans le monde.

J’ai longtemps hésité à écrire les lignes qui vont suivre car ma vision personnelle
m’apparaît comme parfaitement iconoclaste et à contrecourant des dogmes qu’on
essaye de nous imposer aujourd’hui ».


Jacques Deferne essaie dans son analyse de considérer le problème de l’impact de l’Homme sur son environnement dans une vision globale qui prend en considération l’organisation de la société humaine face à son habitat, la planète Terre. Surtout il met en évidence avec lucidité la réalité de contraintes techniques et économiques qui font qu’une politique énergétique ne peut pas se bâtir que sur des rêves.

Son analyse complète est sur https://kasuku.ch/wp-content/uploads/2020/08/Lhomme_et_l_energie.pdf

L’Administration.

Jacques Deferne a envoyé son texte à Administration fédérale compétente Suisse Energie, https://www.suisseenergie.ch/ soit l’OFEN (Office fédéral de l’énergie). Il souhaitait partager ses inquiétudes quand aux réalités incontournables que la politique énergétique ne semble pas prendre en compte sérieusement.

Réponse de l’Administration :

« Bonjour Monsieur,

merci de nous avoir contactés.

Votre texte a été transmis à la Section des énergies renouvelables.

Nous vous remercions de vos réflexions et en tiendrons compte dans le développement futur de la politique énergétique suisse. Nous sommes conscients de bon nombre des problèmes que vous mentionnez dans votre texte. Nos experts sont donc toujours à la recherche de solutions compatibles avec la politique énergétique suisse.

En raison de diverses décisions politiques (accord sur le climat, sortie de l’énergie nucléaire, stratégie énergétique 2050, etc.), l’objectif premier est de rendre notre approvisionnement énergétique neutre sur le plan climatique aussi rapidement que possible. Cela fonctionne principalement en augmentant l’efficacité énergétique et en développant les énergies renouvelables.

Veuillez agréer, Monsieur… »

A noter dans cette réponse :

1) cet aveu : les seuls moyens envisagés sont «…l’efficacité énergétique » et « les énergies renouvelables », moyens notoirement insuffisants.

2) cet autre aveu : « Nos experts sont donc toujours à la recherche de solutions compatibles avec la politique énergétique suisse ». Sous-entendu, faut-il comprendre que la politique énergétique suisse l’emporte donc sur les réalités techniques et économiques ?

Remarque finale.

La différence entre l’analyse de Jacques Deferne et celle de la Confédération n’est peut-être pas une question d’érudition comme peut le laisser penser le titre de cette petite fable. La Confédération dispose de collaborateurs avec beaucoup de connaissances et de compétences. Le problème est plutôt dans la forte politisation qui caractérise le débat énergétique. Les scientifiques servent à établir les connaissances techniques et économiques sur la base d’analyses compétentes et objectives. Mais la communauté scientifique se dispute sur certains thèmes. Il y a ceux qui cherchent d’abord à connaître quel est l’état réel des connaissances, yc les incertitudes, et il y a ceux qui surtout militent en faveur de préférences politiques. Il y a des moyens de vérifier mieux l’état des connaissances et de les départager des préférences. Cette question a été évoquée sur ce site dans https://clubenergie2051.ch/2019/03/10/le-catastrophisme-a-la-mode/

jfd / 22-08-2021

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3 commentaires pour L’érudit et l’Administration

  1. jean-pierre charrette dit :

    Intéressant ce document qui reflète bien le désarroi d’une génération qui a tant profité de notre bien-être, qui aimerait sincèrement que cela continue pour tous et qui ne sait pas quoi faire face à la réalité des faits. Le constat est donc juste, mais la conclusion se cantonne à critiquer les « extrémistes verts » qui, eux, essayent de faire quelque chose. Le dernier paragraphe de l’analyse avec sa comparaison biblique et son vœu pieux d’un miracle technologique issu d’un scientifique génial est sans appel. Cela donne l’impression d’un constat fataliste par une personne qui ne souhaite que pouvoir vivre comme avant jusqu’à la fin de sa vie : après moi le déluge.
    Heureusement, il y a aussi des personnes de cette génération qui croient sincèrement qu’un autre monde est possible et qui retournent « aux sources » de leur jeunesse, par exemple Ivan Illich…

    • jf.dupont dit :

      Merci de votre intérêt. Vous évoquez « les extrémistes verts » en laissant paraître une certaine adhésion. La question se pose de savoir, en se basant sur leur thèse que la Nature est bonne et l’Homme mauvais, s’ils vont contribuer à résoudre les difficultés, en « sauveurs de la planète » comme ils se désignent souvent, ou s’ils vont les aggraver. Au ClubEnergie2051 nous pensons que leur thèse est une idéologie réductionniste. Quelques réflexions sur https://clubenergie2051.ch/2019/05/11/lecologie-politique-des-critiques-severes/

  2. Michel dit :

    Petit correctif à cet excellent article : il n’y a aucun débat de fond à ce sujet ; on ne peut donc pas déplorer sa déplorable qualité.

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