L’électricité hivernale dépend de la source d’énergie, par Martin Schlumpf

Martin Schlumpf a publié sur son site de blog un nouvel article argumentaire sur la lacune hivernale d’électricité qui attend la Suisse en 2050. Pour les lecteurs francophones, le ClubÉnergie2051 en donne ci-dessous une traduction en français.

Seule l’énergie nucléaire peut remédier de manière fiable à la pénurie d’électricité prévisible en hiver. Il est temps que la Suisse se réoriente.

Le 15 juin 2026, un de mes articles invités a été publié dans la NZZ sous ce titre. Malheureusement, mon article a été beaucoup raccourci et dilué en contenu ! Et cela sans me consulter. Voici donc le texte original complet :

L’énergie solaire ne s’intègre pas dans notre système électrique

Les partisans de la transition énergétique suisse propagent une extension rapide et forte du photovoltaïque. Cependant, une simple analyse physique montre que l’énergie solaire s’intègre très mal à notre système électrique. La majorité des partisans du photovoltaïque rejettent ou ignorent ce fait.

Dans un système électrique, il faut commencer par la consommation. Bien qu’elle fluctue au cours de la journée et montre une demande accrue en hiver, il doit exister un stock d’énergie de base que nous pouvons consommer chaque seconde de l’année : le terme technique pour cela est courant de ruban. Un générateur idéal de puissance doit donc être capable de produire un courant de charge de ruban contrôlable.

Dans quelle mesure l’hydroélectricité, principale source d’électricité en Suisse, répond-elle à cette exigence ? Selon le type de centrale, cela varie beaucoup. D’une part, il existe des centrales au fil de l’eau, dont la production dépend du niveau d’eau de la rivière concernée. Cependant, comme le niveau d’eau est bas en hiver, l’électricité produite par celles-ci en saison froide n’est qu’une bonne moitié de ce qu’elles produisent en été. Par contre, en utilisant les centrales de retenue contrôlables des Alpes avec leurs réservoirs, notre hydroélectricité peut en partie compenser la faiblesse hivernale des centrales au fil de l’eau. Au total, toutes les centrales hydroélectriques en Suisse génèrent 43 % de leur production annuelle en hiver. L’augmentation de la consommation d’électricité hivernale est donc compensée par une réduction du débit en eau à cette période de l’année.

Le déficit hivernal d’électricité qui en résulte est actuellement encore comblé par les centrales nucléaires : elles peuvent utiliser pratiquement cent pour cent de leur puissance électrique en hiver, formant ainsi une sorte d’assurance hivernale. Mais que se passera-t-il si nous éliminons progressivement l’énergie nucléaire et la remplaçons principalement par des systèmes photovoltaïques, comme le prévoit notre Stratégie énergétique 2050 ?

Deux conséquences sont à prévoir : premièrement, avec l’énergie solaire, nous avons un comportement de production qui s’arrête systématiquement chaque soir. C’est exactement à l’opposé de la sécurité d’une production d’énergie de ruban. Et deuxièmement, la production d’électricité à partir du photovoltaïque présente une faiblesse hivernale bien plus grande que l’hydroélectricité.

Durant le mois du plus faible rendement, les systèmes solaires produisent neuf fois moins d’électricité que lors du meilleur mois d’été. De plus, le facteur de charge lors du pire mois d’hiver tombe en moyenne à seulement deux pour cent en Suisse, selon les chiffres de l’Office fédéral de l’énergie. En termes purement mathématiques, cela signifie que l’équivalent d’une demi-heure d’énergie solaire est produite par jour à pleine puissance, puis rien ne se produit pendant les 23,5 heures restantes, et cela chaque jour, tout au long du mois.

La production d’électricité hivernale volatile et faible issue du photovoltaïque va entraîner au fil du temps un énorme trou hivernal d’électricité. En mettant en œuvre les exigences des Perspectives énergétiques 2050+, la Suisse manquera d’environ la moitié de son électricité au milieu de l’hiver 2050 (de novembre à février) ; plus précisément, ce sera 19 TWh (milliards de kWh).

Jusqu’à présent, nous importons en moyenne 3 TWh d’électricité cet hiver (la loi prescrit de ne pas dépasser 5 TWh). Il faudrait donc multiplier nos capacités d’importation par six ! Il n’est pas nécessaire de convoquer une commission d’experts pour conclure que cela est totalement impossible.

Malgré toutes les possibilités technologiques d’une production d’électricité domestique supplémentaire, il est cependant clair que seule l’énergie nucléaire pourra combler de manière fiable et rentable un tel trou électrique. La meilleure option, cependant, est de ne pas laisser ce trou s’ouvrir à ce point dès maintenant.

Pour cela, il faudrait faire ceci : d’abord, annuler les subventions pour les systèmes photovoltaïques sur le Plateau suisse ; deuxièmement, maintenir nos centrales nucléaires existantes en fonctionnement aussi longtemps que techniquement et sécuritairement possible ; troisièmement, supprimer l’interdiction légale de nouvelles centrales nucléaires ; quatrièmement, s’attaquer à la planification de nouvelles centrales nucléaires et fournir des garanties d’investissement pour le financement ; et cinquièmement, mettre en œuvre les projets hydroélectriques déjà prévus.

Avec la stratégie énergétique éprouvée depuis longtemps en Suisse, soit hydroélectricité et énergie nucléaire, nous obtenons une production qui fonctionne de manière fiable, nécessite peu d’espace et de matériaux, et qui est également rentable.

Martin Schlumpf

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