L’écologie politique: des critiques sévères.

Le catastrophisme ambiant (https://clubenergie2051.ch/2019/03/10/le-catastrophisme-a-la-mode/ ) incite beaucoup de commentateurs à voir le salut dans l’écologie politique. Les écologistes seraient devenus les (seuls) sauveurs de la planète. Et, dans la perspective des élections fédérales de cet automne, malheur pour les partis politiques qui ne repeindraient pas rapidement leur maison en vert.

Cette tendance de la presse mainstream en faveur de l’écologie politique est manifeste. Mais elle ne représente pas forcément la bonne analyse. Une autre analyse moins relayée par les médias et la politique, mais plus approfondie, et qui existe bel et bien, voit au contraire une menace supplémentaire dans l’écologie politique.
Quelle est cette menace de l’écologie politique ? Elle tient à deux faiblesses inhérentes à l’écologie politique, faiblesses qui apparaissent assez clairement si on analyse les discours et les arguments.

Première faiblesse.
Une large ignorance des réalités scientifiques. Ignorance tant aux niveaux des risques mis en avant, qu’au niveau des solutions que l’humanité peut mettre en place pour maîtriser les risques et prévenir les catastrophes. En d’autres termes cette 1ère faiblesse s’appelle méfiance à l’égard de l’homme dans sa dimension scientifique. C’est une forme d’obscurantisme.

Deuxième faiblesse :
Jouer avec la peur pour pousser à des décisions extrêmes, que la démocratie ne peut pas accepter. Pour surmonter les réticences de la démocratie, l’écologie politique dit clairement qu’il faut des actes autoritaires. En clair, la deuxième faiblesse s’appelle méfiance à l’égard de l’homme dans sa dimension démocratique. C’est une forme de dictature.

Cas de l’énergie.
Pour préciser, dans le domaine de l’énergie, qui est le nôtre à ClubEnergie2051, cette ignorance des réalités scientifiques se manifeste en particulier par le refus a priori et inconditionnel de l’énergie nucléaire. Certes le nucléaire est une technologie à risque, mais l’objectif essentiel avec une technologie à risque est de la rendre sûre. Pas de l’interdire. Parce qu’une technologie n’est pas de manière inhérente a priori bonne ou mauvaise. Les technologies sont d’abord des outils à disposition des humains, et c’est l’usage qu’ils en font qui font qu’elles sont sûres ou dangereuses. Il vaut mieux un usage intelligent qu’une interdiction aveugle. Si chaque fois que l’humanité a été confrontée à des techniques à risques, elle avait dit « c’est dangereux il faut interdire », nous n’aurions pas de maisons, pas de routes, pas de ponts, pas de médecine, pas de voitures,…Nous aurions probablement interdit le feu. En somme nous n’aurions pas de civilisation. Si on écoute bien le discours de l’écologie politique, elle ne dit jamais que telle norme de sécurité est insuffisante ou mal respectée. Elle dit qu’il est impossible d’évaluer les risques, qui dépassent la raison humaine. Les écologistes ne proposent jamais des améliorations de la sécurité, ils veulent la disparition des techniques qu’ils ont placées dans leurs listes noires. Même Patrick Moore, un ancien fondateur de Greenpeace s’est rendu compte que son mouvement se trompait, l’a dit publiquement et en est sorti. (https://clubenergie2051.ch/2016/09/10/greenpeace-justiciers-ou-terroristes/ )

La critique de l’écologie politique, même si elle est plutôt filtrée par les médias mainstream, en fait se renforce et s’amplifie avec la montée en puissance politique des Verts. Par ailleurs elle ne date pas d’aujourd’hui. Cet article propose de survoler par des exemples plus de trente ans de critique de l’écologie politique

La question qui émerge est la suivante :
l’écologie politique est-elle vraiment en mesure de sauver la planète où représente-t-elle une menace supplémentaire ? Faut-il s’y soumettre ou entrer en résistance ?

Le catastrophisme ambiant.
La société moderne est très préoccupée par plusieurs problèmes écologiques, qui ne sont pas sans liens. À savoir : climat, énergie (nucléaire), agriculture (chimie et génie génétique), biodiversité, finitude des ressources,…
L’écologie politique base l’essentiel de son programme sur ces problèmes. Avec un recours massif à une arme : faire peur.
On observe, dans les médias et dans le discours politique, deux types de réactions contrastées. D’une part une approbation du discours de peur de l’écologie politique et d’autre part une dénonciation de ce même discours auquel on reproche à la fois une absence d’analyse des réalités scientifiques et un fanatisme idéologique, voire du terrorisme intellectuel.
L’approbation du discours de peur des écolos s’est intensifiée avec la question du changement climatique. Significatifs à cet égard les commentaires autour du PLR (parti libéral-radical, Suisse) dont on dit que la position plutôt tiède en matière d’écologie pourrait lui causer une grave défaite aux élections fédérales de cet automne et qu’il doit absolument s’orienter vers un discours musclé en faveur de l’écologie.
Cependant on observe aussi un renforcement des critiques sévères de ce discours de la peur de l’écologie politique auquel on reproche à la fois d’ignorer l’analyse rationnelle des réalités scientifiques et de pratiquer un certain fanatisme idéologique, voire du terrorisme intellectuel.

Les critiques de l’écologie politique : petit florilège.

Le malaise écologique de Roudy Grob (L’Educateur, février-mars 1984).
Les critiques sont déjà apparues dès l’émergence de l’écologie comme parti politique. Un document d’anthologie est ce débat qui s’est déroulé entre Roudy Grob (rédacteur de l’Educateur, enseignant) et René Longet (politicien PS, alors Conseiller national et président de l’Institut suisse de la Vie, enseignant aussi).

Sous le titre « Malaise écologique », Roudy Grob publie une réflexion dans laquelle il constate que l’écologie a dérivé : de mouvement en faveur de l’environnement qu’elle était à l’origine elle s’est politisée et cherche le pouvoir avec des méthodes dogmatiques, autoritaires, voire relevant du terrorisme. Il avait décidé de prendre ses distances, pour lui et pour sa classe. René Longet, politicien « engagé vert », lui répond que l’écologie n’était pas une démarche de pouvoir, mais et un état d’esprit, et une science. Réplique forte de Roudy Grob :
« N’est pas scientifique à mon sens une stratégie qui joue des peurs des hommes, qui égare la connaissance pour forcer les décisions ».
Le débat complet : Malaise écologique R Grob Educateur fév-mars 1984

L’écologie une bonne intuition qui a mal tourné, selon Claude Monnier 1983 (Journaliste, dr. en sciences politiques, a été rédacteur en chef et directeur du Journal de Genève, fondateur du Temps Stratégique, décédé en 2016)
Dans une chronique du 4 avril 1983 dans la Suisse, intitulée « L’écologie : une bonne intuition qui a mal tourné » il déclarait :

Pour la bonne intuition : « L’homme se croyait maître de l’univers, il croyait qu’il pouvait exploiter la nature, les autres hommes, le sol, l’air, sans jamais rien leur rendre. Et bien cela n’est pas vrai ; l’exploitation abusive crée des déséquilibres dans le système vital et ces déséquilibres « se vengent » sur qui les a causés… »
Pour le mauvais tournant : «Mais l’intuition est devenue système. Elle est morte. (…) Les écologistes en sont venus à dire en somme : « Nous avons tout compris ; nous vous le disons il faut faire ceci, il faut faire cela… (…) En ce sens l’écologiste qui prétend agir est la plus belle graine de totalitaire que l’on puisse imaginer ».
Voir la chronique complète : Claude Monnier L’écologie une bonne intuition qui a mal tourné La Suisse 4-04-83

Le nouvel ordre écologique de Luc Ferry (homme politique, philosophe, politologue français et écrivain)
En 1992 il publie une analyse approfondie du point de vue philosophique de l’écologie « Le nouvel ordre écologique ».

Thèse principale du livre: Ferry distingue une écologie fondamentaliste (écocentrique) et une écologie humaniste (anthropocentriste). Il montre comment la première conduit finalement à une haine de l’homme et à un rejet de la démocratie : seul un régime autoritaire pourrait imposer aux hommes, êtres malfaisants et destructeurs les mesures nécessaires à la sauvegarde de la nature. Il défend une écologie environnementaliste qui reconnaît des devoirs de l’homme envers la nature et prône des changements progressifs dans le cadre de la démocratie libérale respectueuse des droits de l’homme.
https://www.payot.ch/Detail/le_nouvel_ordre_ecologique-luc_ferry-9782253943365

Dans une chronique du Figaro du 5 juillet 2018, Luc Ferry dans le prolongement de son livre de 1992 remet en question la croyance simpliste en une nature parfaite et bonne par principe

« … on ne cesse de ressasser l’idée qu’il existerait « une loi naturelle », une « nature humaine » qui serait pour nous comme un guide, voire comme un modèle moral. Or cette idée est fausse, radicalement fausse. En vérité la nature est aveugle, amorale et injuste. Les « gros y mangent les petits » (Spinoza) et jamais nous n’aurions inventé ni la démocratie, ni la protection des handicapés, ni la médecine moderne si nous avions imité une nature où la sélection naturelle règne sans partage ».
La chronique: Il n’y a pas de nature humaine L. Ferry Le Figaro 5-07-2018

Dans une autre chronique du Figaro du 19 janvier 2017, Luc Ferry dénonce les prédictions systématiques de l’apocalypse :

« Annoncer l’apocalypse est désormais un passage obligé, un préalable indispensable pour tout penseur digne de ce nom. Émettre un bémol, c’est passer presque à coup sûr pour l’imbécile heureux de service. Tant pis pour moi. Il se trouve que je pense exactement l’inverse, mon sentiment étant que la civilisation européenne s’approche enfin de la maturité… »
Plus sur : Démocracie progrès décadence L Ferry Figaro 19-01-2017

 

Et aujourd’hui ?

Les critiques se confirment et sont nombreuses. Elles augmentent de volume comme le succès médiatique et politique des écolos en matière de climat, de finitudes des ressources, de biodiversité, etc….

Exemple : Drieu Godefridi (écrivain belge, fondateur de l’Institut Hayek à Bruxelles, masters en droit et philosophie, dr. en philosophie) pose la question :
«L’écologisme : faut-il réduire à néant la civilisation ? » Extraits d’un article dans Contrepoints du 5-05-2019:

« Marxisme et écologisme se distinguent en ce que le premier promet l’ègalit dans l’abondance (bien qu’il ne les ait jamais réalisées…), tandis que le second est un anti-productivisme qui, d’emblée, programme l’égalité dans l’appauvrissement ».
« L’écologisme implique également de renoncer à la démocratie. Les écolos feraient volontiers l’économie du débat parlementaire. Leur dogme est tellement prégnant qu’ils préfèrent l’instiller au travers d’institutions normatives qui échappent à tout contrôle démocratique. Le GIEC onusien en est un exemple, pas le seul. »
Plus sur : https://www.contrepoints.org/2019/05/05/343414-lecologisme-faut-il-reduire-a-neant-la-civilisation

Dans un livre récent, « L’écologisme, nouveau totalitarisme ? » du 29 avril 2019 :
«Fouillant l’écologisme depuis la racine de son éthique anti-humaniste jusqu’à la cime de ses revendications concrètes — bannir la voiture, l’avion, la viande, le nucléaire, la vie à la campagne, l’économie de marché, l’agriculture moderne, bref la Modernité depuis 1750 — Godefridi montre que l’écologisme définit une idéologie plus radicale dans ses prétentions liberticides, anti-économiques et finalement humanicides qu’aucun totalitarisme des siècles précédents ».
https://www.amazon.fr/L%C3%A9cologisme-nouveau-totalitarisme-Drieu-Godefridi/dp/2930650222

Autre analyse récente, celle d’un auteur qui utilise le pseudonyme de H16 dans un article intitulé : « On va encore (encore !) tous mourir ! ». Il déclare :

« Ces derniers jours, un véritable ouragan de force 5 s’est abattu sur les médias grâce à une énième publication onusienne tombée à point nommé pour relancer une louchée de folie dans un monde qui n’en manque pourtant pas.
Pour cette brochette d’experts (dans on retrouve — coïncidence ? Je ne crois pas — d’inaltérables écologistes de la première heure comme Ehrlich (le spécialiste des paris ratés , https://www.sabhlokcity.com/2014/05/utter-failure-of-limits-to-growth-and-club-of-rome-debunking-neo-malthusians-1/ ), il n’y a plus aucun doute à avoir : non seulement, l’humain détraque le climat et pas seulement avec ses satellites, mais encore en plus, il bousille le règne animal et végétal à un rythme si soutenu qu’on a bien du mal à en mesurer toute l’ampleur.
(…)
Les vannes du n’importe quoi alarmiste sont donc ouvertes en grand, et devant le flot ininterrompu d’âneries pseudo-scientifiques, il devient véritablement impossible de poser les débats, réfléchir à tête reposée et regarder froidement les faibles données qu’en réalité nous peinons à rassembler dans un monde en constante évolution. »
Article complet sur : https://www.contrepoints.org/2019/05/10/343870-on-va-encore-encore-tous-mourir

Pour clore ce florilège de critiques, un article d’anthologie 1984 de Raymond Gremaud intitulé « Intoxication » :

« Les écologistes ne croient pas aux progrès techniques, à un avenir qui apporte des solutions nouvelles. Pour eux, il n’existe qu’une seule issue : la décroissance et le renoncement à la consommation.
Lire la chronique : Intoxication R. Gremaud FAN 17-04-1984

En guise de conclusion.

Une doctrine qui par des excès idéologiques et dogmatiques s’oppose à l’analyse rationnelle des réalités, qui s’oppose en particulier à l’humanité elle-même à la fois dans sa dimension scientifique, philosophique et démocratique, est anti-humaniste.
La question posée au début était :
L’écologie politique est-elle vraiment en mesure de sauver la planète où représente-t-elle une menace supplémentaire ? Faut-il s’y soumettre ou entrer en résistance ?
La réponse semble claire.

JFD / 11-05-2019

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2 commentaires pour L’écologie politique: des critiques sévères.

  1. Bonjour,
    Comme on lit tout et n’importe quoi sur la technologie du Thorrium, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant de vous demander d’y consacrer un sujet. En effet, selon l’angle adopté, ce serait l’atome vert, (quand ça ressemble à un publireportage) ou le nouvel enfer. Difficile de se faire une opinion, le sujet est technique. Alors, le Thorrium, quelles promesses ? Quelles limites ? Quels dangers ?

  2. Durussel André dit :

    Une fois de plus, dans la lancée du récent « Forum des 100 », Jean-François Dupont démontre avec brio les limites de l’écologie politique dans un grand dossier fort bien documenté.
    Un exemple typique qu’il ne mentionne pas, c’est bien à mon avis celui de l’avenir énergétique de l’Europe…En effet, lors de ce forum du 9 mai écoulé à Lausanne, on invite David Hochschild, de la « California Energy Commission », un spécialiste du solaire, évidemment contre les centrales nucléaires. Ce conférencier se réjouit que les deux centrales californiennes de son pays soient bientôt démantelées. Voilà qui a certainement fait plaisir à tous les anti-nucléaires…

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