Électricité : le point sur une situation difficile.

L’association Clubenergie2051 observe et analyse l’évolution préoccupante de la politique énergétique depuis plusieurs années, particulièrement en relation avec l’électricité. La situation s’est récemment beaucoup aggravée. Cet article veut faire un point sur la situation actuelle.

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Contenu :

1. L’histoire en bref

    1.2 La nature des difficultés

    1.3 Les causes de la débâcle

    1.4 Une situation insatisfaisante

2. Informations complémentaires

    2.1 Les principaux auteurs, leurs rapports et études qui         

          contredisent la SE2050

    2.2 Attitude er réaction du DETEC

    2.3 Et les autres acteurs ?

          2.3.1 Les EPF

          2.3.2 Les producteurs d’électricité

          2.3.3 Les médias

          2.3.4 Et aussi des prises de position exceptionnelles

3. En guise d’épilogue

___________________________________________________________________________________

1. L’histoire en bref

Les objectifs largement reconnus en matière d’électricité sont un approvisionnement :

  • sûr et suffisant
  • à un coût favorable
  • maîtrisé sur le plan de la sécurité et de l’environnemen

Si les objectifs ne sont pas controversés, il n’en va pas de même pour les moyens à mettre en œuvre. Un problème clef se confirme : il y a un certain dysfonctionnement entre science et politique, entre « calculs d’ingénieurs » et rêves idéologiques.

1.2 La nature des difficultés

Les objectifs de l’approvisionnement en électricité ne sont plus remplis. Il y a à la fois :

  • une pénurie de production qui menace le pays de coupures voire de black-out.
  • des prix qui flambent sans liens avec les coûts réels
  • Un risque réel de recarbonner une électricité qui était décarbonnée.

Le terme couramment utilisé dans les débats : débâcle.

 1.3 Les causes de la débâcle

Il y a deux causes principales, de natures indépendantes, mais qui interviennent dans la même période et dont les effets s’additionnent :

  1. La politique suit d’avantage une idéologie verte à la mode que des calculs d’ingénieurs

Le réseau électrique est soumis à une contrainte technique incontournable : la production doit s’adapter à tout instant à la consommation. Une condition essentielle à remplir : disposer en tout temps d’une capacité de réserve de production qui puisse adapter l’offre à la demande. Sans cette disponibilité d’une réserve, il y a risque de coupure (délestage volontaire) ou de black-out (panne accidentelle) de l’ensemble du réseau. « Remonter le réseau » après un black-out peut prendre des heures, voire des jours. Et en cas de black-out tout s’arrête : caisses et bancomat, pompe à essence, pompes des chauffages à mazout, il n’y a pas que la lumière…

La cause principale du déficit de capacité de production suisse a un nom : « La stratégie Énergétique 2050 » (SE2050) qui est à la base de la politique énergétique de la Confédération. L’objectif de la SE2050 est de remplacer tout le nucléaire par que du renouvelable. Cet objectif a été décidé suite aux évènements de Fukushima (Contamination radioactive par les réacteurs de Fukushima (Japon) endommagés par un tsunami en 2011).

Le point principal : cet objectif n’est pas réalisable, du moins pas dans l’horizon de l’avenir planifiable. La raison : les énergies renouvelables envisagées, solaire et vent, produisent par intermittence et nécessitent de stocker l’électricité produite en excès dans les périodes favorables pour la redistribuer dans les périodes sans soleil et/ou sans vent. Le problème est que ce stockage n’est pas réalisable à l’échelle nécessaire. Si on utilise le pompage-turbinage hydraulique il faudrait un volume d’eau de 10 fois le bassin de Grande-Dixence. Pour saisir la difficulté : l’aménagement récent de Nant-de-Dranse, présenté souvent comme la solution, ne fait que 1/10 du volume de Grande Dixence, donc 1 % des besoins. Si on utilise des batteries Tesla, la production mondiale de lithium dont ces batteries ont besoin, ne suffirait pas pour la seule Suisse.

Cette réalité a été bien analysée sur la base de « calculs d’ingénieurs » par diverses équipes de spécialistes compétents. Parmi ces équipes : des associations comme la nôtre, mais aussi et surtout, un centre de compétence réputé de la Confédération elle-même : l’Institut Paul Scherrer (PSI) à Würenlingen, un pôle multi énergies annexes de nos EPF. À noter : on doit le 1er constat de cette impossibilité technique aux travaux du Prof. André Gardel de l’EPFL en 1981. Il y a eu aussi des études intéressantes en France et en Suède, voir plus loin dans cet article une liste des études principales.

Il y a un autre point sur lequel les « calculs d’ingénieurs » ont été en désaccord avec la politique énergétique de la Confédération. Ce point c’est celui d’une certaine disqualification de l’énergie nucléaire pour des motifs écologiques. Le PSI a été pionnier dans l’analyse des « bilans écologiques ». Il a comparé les différents kWh connus. Les résultats sont sur un graphique très parlant du PSI: https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2023/01/psi-wokaun-bilans-ecologiques-extrait-pdf.pdf

Cette comparaison montre que dans un classement selon la performance écologique le meilleur est le kWh hydraulique, suivi de très près, presque ex-aequo, par le kWh nucléaire, meilleur que le kWh solaire ou le kWh éolien. La disqualification écologique du nucléaire appliquée de fait par la politique de la Confédération est idéologique : elle n’a pas de justification scientifique.

b)  L’ouverture du marché a faussé les responsabilités et le pilotage du système électrique

Avant la libéralisation du marché de l’électricité, la responsabilité directe d’assurer la sécurité d’approvisionnement appartenait aux producteurs qui profitaient d’un monopole dans leurs régions. En contrepartie ils s’engageaient à remplir un contrat clair auprès de leurs actionnaires (Cantons et Communes) avec deux exigences impératives : 1) pas de pannes et 2) pas de hausses de tarifs injustifiées (qui auraient pu inciter à penser qu’ils abusaient de leur monopole. Et ce système a bien fonctionné : la Suisse n’a connu ni pannes, ni menaces de pannes. Et les prix du kWh étaient certes un peu plus haut que ceux de la France, mais pas dans la même proportion que pour les prix du beefsteak ou des loyers.

Après l’ouverture, les producteurs ont été dessaisi de leur responsabilité en matière de sécurité d’approvisionnement. Le marché était réticent à investir dans des centrales de réserves en veilleuse une partie du temps. De plus le marché ne peut être convoqué devant un tribunal.

Dès que le marché a été ouvert, les producteurs ont été confrontés même à un vrai problème de survie. Leur prix de revient était autour de 12 ct/kWh, production (hydraulique) et transport compris. Or le prix à la bourse UE de l’électricité (Leipzig) était un prix artificiellement bas (déprimé) par les excédents d’offre sur la demande de cette époque, autour de 5 ct/kWh). Les distributeurs, qui n’étaient plus obligés de s‘approvisionner auprès de leurs producteurs, ce sont rués en bourse pour y acheter leurs kWh. Ils n’ont pas fait bénéficier les consommateurs de ces tarifs bas, gardant la différence pour eux. Les producteurs n’arrivaient plus à vendre plus leur kWh. On a parlé de « Grounding à la Swissair) des barrages hydrauliques, voir : https://www.accvs.ch/images/pdf/Letemps_23052014.pdf

On a donc pu observer une forme de cannibalisme entre électriciens, par les distributeurs à l’égard des producteurs.

c) Au final : un manque d’investissement flagrant

Les producteurs suisses avaient évalué le besoin de nouvelles centrales sur la base des perspectives d’évolution de la population et de la consommation et aussi pour tenir compte des centrales vieillissantes à remplacer un jour. Ils avaient lancé trois projets de nouveaux EPR français de 1600 MW chacun (Mühleberg II, Gösgen II et Beznau III). Ces projets ont été annulés suite à Fukushima par Mme Doris Leuthard. En plus Mühleberg a été fermée, et aussi une des centrales française de Fessenheim qui nous livrait une partie de sa production par contrat. En plus, encore, les excédents de production de courant dans les pays de l’UE ont fondu, pour des raisons politiques analogues à celles de la Suisse. Les investissements dans les économies d’électricité et les renouvelables n’étaient et ne sont pas en mesure de compenser. La pénurie s’explique par cette addition de réalités.

d) La grande responsabilité de la politique énergétique de la Confédération (et de l’UE)

Beaucoup de spécialistes de ce pays ont fait à temps les analyses qui permettaient de prévoir cette situation grave de pénurie. Ils ont par des publications et des sites Internet informé la Confédération. Confédération qui de plus disposait avec l’Institut Paul Scherrer (PSI) d’un centre de compétence réputé, on peut dire un poids lourd du domaine de l’analyse des systèmes énergétiques.

On a même appris, récemment et de source sûre, que le PSI avait, dès l’élaboration de la SE 2050, reçu des consignes du DETEC de discrétion sur ses « calculs d’ingénieurs ». C’est une situation d’autant plus kafkaïenne que la Confédération s’engage en permanence pour des mesures de sobriété et d’économies d’énergie tout en gaspillant le potentiel remarquable du PSI en le finançant, avec l’impôt, sans vouloir s’en servir…

Pour illustrer le manque de sérieux de notre Autorité dans cette affaire, on peut comparer avec le cas d’un toit qui s’effondrerait. La solidité d’un toit est une affaire de compétence technique. On ferait une enquête pour vérifier si le « calcul de poutre » a été fait et correctement. Dans ce cas, où c’est le système électrique qui s’effondre, on ne vérifie surtout pas comment le « calcul de poutre » de la charpente électrique a été fait. Le gouvernement se contente d’accuser le citoyen consommateur de « trop consommer ». Le coupable serait donc lui…

Il faut aussi savoir, pour prolonger l’analogie avec la construction d’un bâtiment, que, si on analyse les documents associés à l’élaboration de la SE 2050, voir :  https://www.bfe.admin.ch/bfe/fr/home/politique/strategie-energetique-2050.html/  

On n’y trouve que les objectifs à atteindre, mais pas la description des moyens nécessaires, ni la vérification de leur adéquation. Un peu comme un architecte qui ne livrerait que le cahier des charges d’une maison, mais pas les plans.

Cette situation est indigne d’un État qui se veut moderne, démocratique et rationnel. Et à l’évidence dommageable pour la prospérité économique et écologique de la Suisse. Le système électrique exige des compétences techniques qui ont été négligées. Une morale bienpensante et écologique ne suffit à tout résoudre.

1.4 Une situation insatisfaisante

Il y a matière, et devoir, à agir et à corriger. Quels responsables politiques vont-ils se saisir du dossier et assainir la situation ? La question clef est :

Comment réintroduire de la compétence technique dans le pilotage du système électrique qui en a impérativement besoin pour fonctionner (à nouveau) correctement ?

Cette question est d’autant plus préoccupante que la Confédération après avoir proposé la SE 2050, pour sortir du nucléaire, aborde maintenant la sortie du fossile pour le secteur non électrique de l’énergie, à savoir principalement le chauffage et la mobilité. Si on se rappelle que le nucléaire ne représente env. que 35% de l’électricité, elle-même env. 25% de toute l’énergie, le fossile lui représente plus de 70% de toute l’énergie. Son remplacement par que du renouvelable va être encore plus problématique et exiger encore plus de compétences. Plus sur : « Perspectives énergétiques 2050+ » https://www.bfe.admin.ch/bfe/fr/home/politique/perspectives-energetiques-2050-plus.html/

Dans la 2e partie de ce point de situation, il nous a semblé utiles de réunir des informations et réflexions complémentaires sur les points suivants : 

> Les principaux auteurs, rapports et études qui contredisent la SE 205

> L’attitude et les réactions du DETEC

> Les jeux des autres acteurs en cause 

— Les EPF

— Les producteurs d’électricité

— Les médias

> Quelques acteurs remarquables

2. Informations complémentaires

2.1  Les principaux auteurs, leurs rapports et études qui contredisent la SE 2050

PSI

Ganzheitliche Betrachtung von Energiesystemen (GaBE)

«Neue erneuerbare Energien und neue Nuklearanlagen: Potenziale und Kosten»

Équipe de projet PSI, resp. Dr. Stefan Hirschberg (Mai 2005)

www.psi.ch/ta/SwissEnePerspEN/PSI-Bericht_05-04sc.pdf

« Les énergies renouvelables peuvent-elles combler le déficit d’électricité ? »

Christian Bauer, Avril 2018

http://www.sccer-soe.ethz.ch/en/news/blog/energies-renouvelables-deficit-delectricite/

EPFL

Prof hon. EPFL André Gardel :

« Perspectives énergétiques à moyen et à long terme, à l’échelle mondiale et en Suisse » (1981)

À noter: le prof. Gardel avait élaboré des scénarios d’ingénieurs pour éliminer les énergies fossiles suites au choc pétrolier de 1973 et aux recommandations de la commission CGE-GEK. Il dit entre autre : « j’ai essayé de faire des scénarios sans nucléaire: je n’y suis pas arrivé ». https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2020/07/perspectives-c3a9nergc3a9tiques-a.-gardel-fre-1991-light.pdf

« La vitrine EPFL du ClubEnergie2051 »

Publications et manifestations à l’EPFL avec la collaboration et à l’initiative de membres du ClubEnergie2051. https://clubenergie2051.ch/2022/01/15/la-vitrine-epfl-du-clubenergie2051/

EPFZ

« Offre et demande d’électricité en Suisse en 2017 et 2050. Le plan énergétique suisse 2050 est-il viable?

Prof. EPFZ D. Sornette et Dr. E. Mearns del’  EPFZ ( 2022)

https://www.sfi.ch/en/publications/n-22-56-swiss-electricity-supply-and-demand-in-2017-and-2050.-is-the-swiss-2050-energy-plan-viable

L’article ci-dessus est inspiré de cette thèse :

« Nuclear in the Mix: A Scenario Analysis of Swiss Electricity Supply and Demand at the Horizon 2050 »

April 30th 2019, Master Thesis of Scott Reiser, 30.04.2019

https://ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/mtec/chair-of-entrepreneurial-risks-dam/documents/dissertation/master%20thesis/MasterThesis_ScottReiser_final_30April2019.pdf

Académie Suisse des Sciences Naturelles.

Le prof. Thierry Courvoisier, alors président de cette Académie déclarait dans le Temps du 21-11-2011:

« Et cela m’amène à un autre constat: il y a trop peu de culture scientifique autour de nos instruments de décision à Berne, tant parmi les politiciens que parmi les journalistes. Le cas du retrait du nucléaire est éloquent : on a plus parlé des clivages politiques entourant ce sujet que du sujet lui-même. « 

https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2023/01/thierry-courvoisier-entretien-o.-dessibourg-letemps-21-11-2011.docx

France

« La question de la transition énergétique est-elle bien poséedans les débats actuels ? 

Question soulevée par l’Académie des sciences française, dans une communication du 19.04.2017 : 

http://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/lpdv_190417.pdf

On y trouve cette déclaration prémonitoire en regard de la situation actuelle:

« Dans ce cadre général, il y a une véritable contradiction à vouloir diminuer les émissions de gaz à effet de serre tout en réduisant à marche forcée la part du nucléaire. En réalité de nombreuses études montrent que la part totale des énergies renouvelables dans le mix électrique ne pourra pas aller très au-delà de 30-40 % sans conduire à un coût exorbitant de l’électricité et des émissions croissantes de gaz à effet de serre et à la mise en question de la sécurité de la fourniture générale de l’électricité ».

Yves Bréchet

Ancien haut-commissaire du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et membre de l’Académie des sciences française.

Il fait une analyse implacable la dégradation du fonctionnement entre le pouvoir politique et le monde scientifique dans cette audition du 29.11.2022 à l’assemblée Nationale, vidéo sur :

https://videos.assemblee-nationale.fr/video.12555849_638655cbdebe4.souverainete-et-independance-energetique-de-la-france–m-yves-brechet-ancien-haut-commissaire-a-l-29-novembre-2022

Avec cette petite phrase: « …c’est la transition d’un État stratège vers un État bavard. »

Henri Proglio

Ancien président d’EDF, il donne aussi dans une audition du 13.12.2022 devant l’Assemblée National et dénonce plus particulièrement les erreurs de gestion du gouvernement à l’égard d’EDF, vidéo sur :

https://videos.assemblee-nationale.fr/video.12629753_63989173d5cd8.souverainete-et-independance-energetique-de-la-france–m-laurent-michel-ministere-de-la-transiti-13-decembre-2022

Lire des extraits de cette audition sur Contrepoints : https://www.contrepoints.org/2022/12/20/446212-laudition-edifiante-de-lancien-president-dedf-henri-proglio#comments_container

Avec cette petite phrase : « … j’ai essayé de défendre le bon sens, donc j’étais dans le mauvais camp »

Suède

« Comment la Suède a renoncé à sortir du nucléaire »

Bertrand Barré, 9-04.2009

https://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/comment-la-suede-a-renonce-a-sortir-du-nucleaire_a-32-841.html

 Associations de spécialistes suisses

Nom : ClubEnergie2051, en Suisse romande

Membres : professeurs honoraires EPFL, cadres et des chercheurs de l’EPFL, chercheurs et cadres du PSI (Institut Paul Scherrer), cadres scientifiques de l’industrie et de l’office fédéral de l’énergie

Site Internet : https://clubenergie2051.ch/

Nom : CCN / Carnot-Cournot-Netzwerk, en Suisse alémanique

Site Internet: https://www.c-c-netzwerk.ch/

À signaler ces deux études des Prof. Silvio Borner et Bernd Schips, UNI-Basel, membres du CCN. « Energiestrategie 2050:
Eine institutionelle und ökonomische Analyse » https://www.iwsb.ch/studien/IWSB_Energiestrategie_2050.pdf

et

« Versorgungssicherheit vom politischen Kurzschluss zum Blackout» (2018) https://www.c-c-netzwerk.ch/c-c-verlag/versorgungssicherheit/

Nom : Energie Club Schweiz / Club Énergie Suisse, en Suisse alémanique

Site Internet :  https://energieclub.ch/de/home

Club Energie Suisse a lancéune initiative populaire « De l’électricité pour tous en tout temps (stop au blackout) »    www.stop-au-blackout.ch

Un membre éminent de cette association est Edouard Kiener.

Ancien directeur de l’OFEN. Il a toujours fait preuve d’une grande honnêteté intellectuelle vis-à-vis de cette énergie. Il n’a jamais cédé à un quelconque populisme antinucléaire. Il a été un des premiers à dire publiquement, après sa retraite, que la SE2050 n’était pas réalisable.

Une de ses dernières prises de position du 26.10.2022 sur ce sujet :

« Le chemin semé d’embûches vers un approvisionnement énergétique sûr et respectueux du climat » https://clubenergie2051.ch/2022/10/26/le-chemin-seme-dembuches-vers-un-approvisionnement-energetique-sur-et-respectueux-du-climat/

2.2  Attitude et réaction du DETEC

Face à ces divers rapports et études mentionnés au § précédent, l’attitude manifeste du DETEC a été de les ignorer.

Aucun démenti, aucune contre-analyse argumentée ou chiffrée.

Exception : une annonce payante dans la Sonntagszeitung du 27-01-2019 , sans analyse scientifique.

Lien vers l’annonce : https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2023/01/wissenschaftler-erforschen-vorurteile-energiesuisse-sonntagsz-27-01-2019.pdf

Que dit cette annonce ? En substance le DETEC, qui signe « Energie Schweiz », s’étonne que des personnes dotées de bons diplômes scientifiques manifestent autant d» scepticisme à l’égard du « progrès » que représente la SE 2050. L’annonce dit qu’il y a une réponse à ce mystère. Elle aurait été trouvée par un chercheur en sociologie d’une université suisse qui aurait trouvé que … « ces gens-là sont submergés par leurs préjugés ».

Si on compare un peu les contenus de cette annonce avec ceux des études jugées sceptiques du § précédent, il n’y a pas photo : cette réponse du DETEC (ou d’un conseiller en communication ?) n’est pas à l’honneur du DETEC ni des enjeux que représente l’énergie pour le pays.

2.3 Et les autres acteurs ?

2.3.1 Les EPF.

Ce qui frappe, c’est le silence de ces institutions. Le PSI est bien un institut annexe de ces deux écoles. On aurait attendu que ces écoles, et leurs présidents, prennent position avec deux options :

–  soit admettre que le PSI fait de la mauvaise science, enquêter sur les causes et corriger

–  soit confirmer que le PSI fait de la bonne science et mettre en garde le DETEC contre le risque d’écarter des avis scientifiques fondés.

On n’a vu ni l’une ni l’autre position. Juste de temps en temps des déclarations plutôt complaisantes à l’égard du programme de la SE 2050 répétant que la priorité est essentiellement de faire plus de renouvelables et plus d’économies d’électricité.

L’EPFL a eu dans le passé des professeurs, André Gardel, puis Gérard Sarlos, qui ont fondé le Laboratoire des Systèmes énergétiques (LASEN) et donné une excellente réputation à l’École en matière d’énergie. Ils avaient aussi créé un cours post-grade sur l’énergie très apprécié. Avant cette période, l’EPFL avait eu un passé prestigieux dans les ouvrages hydrauliques grâce au professeur Stucky. Par la suite, dès 2006, sous la présidence du Prof. Patrick Aebischer, le secteur de l’énergie a été restructuré et le LASEN transformé en Energy Center.

On a vu depuis émerger un certain clivage entre science et militantisme idéologique. Plus sur : https://clubenergie2051.ch/2022/08/21/penurie-delectricite-3e-partie-science-ou-militantisme/

Constat inquiétant: la plupart des professeurs de l’Energie Center qui s’expriment dans les médias ne semblent pas connaître les études du PSI, ni les autres mentionnées au § 2.1 plus haut.

2.3.2 Les producteurs d’électricité

Leur cas tient un peu de la tragédie. Ils avaient très bien géré, et longtemps, la sécurité d’approvisionnement et les prix. D’un coup ils se sont trouvés dépossédés de leurs responsabilités d’investir et d’exploiter les infrastructures de production et de transport. Plutôt libéraux, ils étaient mal à l’aise pour critiquer l’ouverture du marché : ils craignaient d’être soupçonnés de défendre les privilèges du monopole. Dès le départ ils ont failli subir un grounding à la Swissair, leurs revendeurs (les distributeurs) allant acheter leur kWh à la bourse UE à des prix déprimés. Ils gardaient leurs anciens patrons (actionnaires), les Cantons et les Communes, mais c’était maintenant la Confédération, et son administration, avec laquelle ils n’avaient jamais eu à collaborer, qui pilotait la politique énergétique.

C’est eux qui détenaient en Suisse jusque-là la compétence et l’expérience professionnelle de la production de l’électricité, une activité industrielle difficile et complexe. Mais personne ne leur a plus demandé conseil. À cet égard ils sont régulièrement absents des débats dans les médias. Ils ne sont plus motivés pour parler ou ils ne sont plus invités ? On ne sait pas.

Une anecdote emblématique : Michael Wider, CEO d’Alpiq et président de l’Association des Entreprises électriques suisses (AES). Comme Janus il semble avoir deux visages concernant les aléas du système électrique. D’un côté une grande lucidité, à l’exemple de l’interview dans BILAN du 11.10.2018 https://www.bilan.ch/economie/_l_europe_electrique_se_fait_sans_la_suisse_

Dans le § « Notre approvisionnement est-il en danger ? » il dit en substance que si la Suisse abandonne le nucléaire nous devrons importer, mais que si les nos voisins de l’UE abandonnent aussi le nucléaire, alors nous devrons tous importer en même temps, ce qu’il juge impossible.

Par contre, comme président de l’AES, il cautionne une étude récente « Avenir énergétique 2050 » publiée le 13.12.2022 par l’AES :

https://www.strom.ch/fr/avenir-energetique-2050/page-daccueil

 Un des messages est de soutenir que la Suisse ne fera plus de nucléaire, et importera pour compenser.

Ainsi les producteurs eux-mêmes baissent les bras.

2.3.3 Les médias.

Les médias auraient un rôle essentiel à jouer : assurer le relai entre les détenteurs d’informations compétentes et le citoyen qui s’informe. Constat, valable pour pratiquement tous les médias de Suisse Romande, yc notre radio et télévision, la RTS : les professionnels (les producteurs d’électricité) et les scientifiques évoqués au § 2.1 sont les grands absents de la plupart des débats et des interviews. Les journalistes ne font pas le relai avec les professionnels et les scientifiques compétents, ils fonctionnent comme des filtres sélectifs qui écartent les meilleures sources.

J’ai posé des questions sur cette sélection filtrante des sources à des correspondants de la RTS en postes à Berne : le mail (à disposition) est resté sans réponse.

Pour illustrer, le Temps Présent de la RTS du 8.12.2022

« Coupures d’électricité, peur sur la ligne » 

https://pages.rts.ch/emissions/temps-present/13611304-coupures-d-electricite-peur-sur-la-ligne-08-12-2022.html

Temps Présent est une émission phare qui produit des documentaires qui veulent aller au fond des choses. Une partie de l’émission était consacrée à montrer les multiples conséquences pour tout un chacun d’une grande panne. Une autre partie soulevait la question des causes et remèdes à la situation de pénurie. Aucun professionnel de la production interviewé et un seul scientifique : le professeur Stéphane Genoud responsable du « Management de l’énergie » à la  HES-SO-Valais. Stéphane Genoud, qui apparaît fréquemment à la RTS, avait un seul message : « on » n’a pas suffisamment développé les économies d’énergie et les renouvelables (solaire + éolien). Le mantra de la SE 2050, sans aucune distance. Rien sur les causes et les analyses disponibles évoquées plus haut. Stéphane Genoud a une argumentation très qualitative, il exprime des convictions. Il ne mentionne ni études ni calculs. Un profane peut s’en apercevoir.   

Et même constat sur l’ensemble des émissions de la RTS et de la presse romande : jamais le micro n’est tendu à des scientifiques proches des « calculs d’ingénieurs » du § 2.1.  L’impression est que les médias sélectionnent les scientifiques qui pensent comme eux, même s’ils sont minoritaires. Les scientifiques choisis ont souvent une argumentation très qualitative, ils expriment des convictions. Ils ne mentionnent ni études ni calculs. Un profane peut s’en apercevoir. L’opinion n’est pas informée des diverses tendances du monde scientifique, on lui laisse ignorer les analyses d’une partie importante des scientifiques. La diversité a un succès médiatique remarquable lorsqu’elle est associée à la notion de « biodiversité », mais pas en matière d’opinions des scientifiques ou des politiques.

La palme à Pierre Veya.

Depuis au moins 40 ans. Le journaliste  Pierre Veya commente la politique énergétique, maintenant dans 24H et Le Matin Dimanche. On comprend qu’il n’aime pas beaucoup ni les professionnels de l’électricité, ni surtout le nucléaire. Il est dans le débat du Bien et du Mal, et décide qui et quelles technologies sont dans le bon camp. Il n’a jamais évoqué les analyses et « calculs d’ingénieurs » du § 2.1 ci-dessus, ni fait connaître leurs auteurs.

Son dernier article dans Le Matin Dimanche du 29.01.2023 est très révélateur. Il est intitulé : « Les idées et la réalité d’Albert Rösti » https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2023/01/idees-er-realite-dalbert-rosti-p.-veya-lmd-29-01-2023.pdf

Sa conclusion est sidérante, juste à l’opposé de notre analyse dans ce point de situation. En substance : la réalité des faits serait selon M. Veya du côté de la politique fédérale, et pas du côté des convictions du nouveau CF Albert Rösti, « convictions » qui sont pourtant basées sur les «études et rapports » du § 2.1.

À noter qu’en France les médias sont plus partagés. Ainsi les auditions d’Yves Bréchet et d’Henri Proglio, on fait l’objet de commentaires bien documentés dans plusieurs médias, sur le ton de : vous avez entendu ce qu’ils disent, c’est important..

2.3.4 Et aussi : des prises de position exceptionnelles.  

Dans cette accumulation de prestations décevantes, il y a cependant des exceptions avec des analyses et des interviews remarquables, trop rares malheureusement.

En voici quelques-unes (liste non exhaustive) :

Le professeur EPFL Teddy Püttgen :

déclaration publique, lorsque Mme Doris Leuthard a annoncé le lancement de la SE 2050 : il a évoqué les calculs d’ingénieurs avec cette remarques un peu impertinente, qui lui a d’ailleurs été reprochée :

« Avant de prendre une décision, je fais des petits calculs. Elle pas »

Le professeur EPFL Lyesse Laloui

Il déclare dans une interview à 24 Heures le 6.11.2021 : « Il n’y a pas de problème de sécurité qui justifierait de se passer du nucléaire ». Concernant les déchets nucléaires : « les spécialistes qui sont responsables en ont une parfaite maîtrise ; selon lui ils sont non seulement très compétents, mais aussi conscients des exigences de la protection de l’environnement. Grâce à cela, souligne-t-il, le nucléaire est une source d’énergie parmi les plus propres ». Il le disait en expert en géologie. Voir : https://clubenergie2051.ch/2021/11/14/interview-du-prof-epfl-l-laloui-il-ny-a-pas-de-probleme-de-securite-qui-justifierait-de-se-passer-du-nucleaire/

Bravo en particulier à la journaliste Simone Honegger qui a osé, non seulement faire cette interview, mais aussi la publier.

Pascal Décaillet

Journaliste, a longtemps animé Forum sur la RTS, Aujourd’hui fondateur et directeur de la chaine TV privée genevoise Léman Bleu.

Un esprit libre, qui dit ce qu’il pense d’une manière très directe, à l’exemple de ce « coup de gueule » sur son blog :

« Energie : les incompétents et les idéologues, dehors ! » http://pascaldecaillet.blogspirit.com/archive/2022/07/18/energie-les-incompetents-et-les-ideologues-dehors.html

Marcel Maurer

Nous avons le plaisir de citer cet article de Marcel Maurer dans Le Temps du 8.04.2008. https://clubenergie2051.files.wordpress.com/2023/01/science-vs-demagogie-m.-maurer-le-temps-8-04-2008.pdf

Parce qu’à cette époque, il présidait le Conseil Scientifique de la FRE (Fédération Romande de l’Énergie), dont plusieurs membres du Clubenergie2051 ont fait partie et il dirigeait la section « Ingénieurs » de la HES-SO Valais, et il ne dédaignait pas, lui, les « calculs d’ingénieurs ». Et surtout parce qu’il avait déjà en 2008 eu des mots très sensibles pour parler du cœur et de la raison. Depuis il a présidé la ville de Sion jusqu’en 2016. Nous nous réjouissons de treprendre contact pour lui demander ce que sont devenues ses positions, avec le temps et avec le recul d’autres responsabilités plus politiques.

3. En guise d’épilogue.

Qui va remettre de l’ordre, de la méthode et de la compétence dans cette énorme confusion ?

L’opinion publique sent bien, et de plus en plus nettement, que quelque chose ne joue pas, mais c’est très difficile pour le profane d’y voir clair tout seul. C’est non seulement difficile avec ce clivage entre les décisions politiques et les « calculs d’ingénieurs ». Mais en plus, les ingénieurs sont aussi divisés :  il y a ceux qui font de la science et ceux qui font du militantisme au service de leurs préférences.

Certains évoquent, seulement en matière d’énergie et en Suisse, qu’il faudrait « un de Gaule » ou « un Churchill ». Alors un personnage providentiel ? Ou une coalition de parti ? Ou un fort mouvement d’opinion ? Aucune tendance pour le moment en faveur de l’une ou l’autre de ces options.

À noter : le développement historique, et bien réussi, de l’électricité suisse a été le fait :

  • pour la 1ère étape de l’hydraulique ( la petite puis la grande) de quelques personnes engagées, des ingénieurs comme Alfred Stücky
  • pour la 2e étape, le parc actuel et vieillissant des centrales nucléaires, le leader a été, et c’est surprenant, un politique, un Conseiller fédéral ! Il s’appelait Willy Spühler et était socialiste. Comment cela ? C’était en 1963, lors d’une assemblée générale des entreprises électriques (AES) à Sion. À cette époque le potentiel hydraulique de la Suisse était pratiquement épuisé. Les électriciens avaient l’embarras du choix entre le mazout ou le nucléaire. Ils étaient très réticents sur le nucléaire, pas à cause de l’opinion publique, qui n’avait pas encore été soulevée par les antinucléaires, mais à cause du fait qu’il n’y avait pas encore assez de centrales nucléaires en service en Europe pour regarder les comptes et s’assurer que les coûts étaient maîtrisables. Ils étaient déjà très prudents. En fait, ils avaient à cette époque opté pour le mazout, avec trois projets lancés : à Chavalon, à Mühleberg et à Beznau. C’est alors que Willy Spühler a dit aux électriciens: sautez l’étape mazout, allez directement au nucléaire, c’est l’avenir. Les projets de Mühleberg et de Beznau ont alors été convertis en projets nucléaires. Mais celui de Chavalon était trop avancé et n’a pas pu être converti, il a été achevé en centrale thermique au mazout.

À noter : Chavalon été mis hors service depuis bien longtemps. Cela a été une étape importante de décarbonation de l’électricité suisse.

Mühleberg a été récemment mis hors service par les BKW. Il vaut la peine de lire ce qu’en dit Eduard  Kiener, un ancien directeur de l’OFEN dansune récente prise de position :

« Les dépenses actuelles de la Confédération pour la sécurité de l’approvisionnement en électricité » https://clubenergie2051.ch/2022/12/15/les-depenses-actuelles-de-la-confederation-pour-la-securite-de-lapprovisionnement-en-electricite/

Son constat : Les immenses dépenses financières de la Confédération (env. 900 millions chf déjà engagés) pour se prémunir contre la pénurie d’électricité auraient été beaucoup plus faibles ou n’auraient pas été nécessaires du tout en maintenant Mühleberg en service.

JFD / 30-01-2023


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2 commentaires pour Électricité : le point sur une situation difficile.

  1. Ping : Echange avec Monsieur Christian Petit, Directeur général de Romande Energie | clubenergie2051.ch

  2. Alain Ballmer dit :

    Cher Monsieur Dupont,
    Un grand merci pour votre article synthétique et éclairé.
    Une toute petite remarque sans rapport avec la pertinence de vos propos: la numérotation des chapitres/alinéas n’est pas évidente (1, a,b,c, d, 1.4, 2).
    Avec mes excuses pour ce chipotage et mes remerciements réitérés pour votre discours.
    Bien à vous

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