Après la proposition du CF et l’analyse des scientifiques (des EPF et du PSI) sur le nucléaire, le débat reprend avec des opposants qui persistent à méconnaître la réalité du dossier.

Dans un article précédent, nous avons évoqué ces deux évènements importants pour le nucléaire que sont

1) les déclarations du CF Albert Rösti (en charge de l’énergie et de l’environnement) en faveur d’une levée de l’interdiction du nucléaire et

2) le rapport publié par les deux EPF et l’Institut  Paul Scherrer (PSI), dans lequel les principaux spécialistes du nucléaire expliquent les raisons de leur confiance dans le nucléaire.

Voir: https://clubenergie2051.ch/2024/10/07/confederation-deux-evenements-importants-en-faveur-du-nucleaire/

Quel impact sur le débat nucléaire ? Quelques constats et réflexions:

  1. L’opinion publique est encore partagée, mais la confiance se renforce. Un récent sondage de Tamedia montre qu’une majorité de citoyens est favorable à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Voir Le Matin du 29.09.2024 https://clubenergie2051.ch/wp-content/uploads/2024/10/sondage-dopinion-favorable-au-nuceaire-le-matin-29-09-2024.docx . Cette évolution est réjouissante, et perceptible. Il était très rare de rencontrer quelqu’un du public qui reconnaisse les avantages du nucléaire. Cela devient fréquent. 
  •  Les opposants militants restent prisonniers d’un raisonnement assez sommaire qui consiste à dire « …le nucléaire est tellement dangereux qu’il n’y a pas besoin d’analyse, il faut juste l’interdire… ». C’est dommage parce que cela empêche un vrai débat sur la sécurité. Les professionnels ont souvent espéré un tel débat dans lequel les opposants viendraient avec une argumentation concrète sur d’éventuelles faiblesses de sécurité qu’ils auraient identifiées. Une argumentation concrète serait utile aux professionnels parce que la démarche de sécurité est basée sur le principe d’imaginer tous les évènements potentiellement dangereux qui pourraient se produire pour prévoir des parades, et vérifier leur efficacité. De fait une angoisse permanente chez les professionnels : celle de ne jamais pouvoir être sûr d’avoir pensé à tout. Et là les arguments des opposants les intéressent beaucoup : moins « le nez dans le guidon » que les professionnels, ils pourraient avoir pensé à plus de scénarios dangereux. Malheureusement les opposants ne viennent jamais avec des faiblesses identifiées précises, autres que « le risque nucléaire n’est pas maîtrisable ».  

Le pire de ce point de vue est la manière dont est discutée la question des déchets radioactifs. L’argument massue sans cesse répété est « il n’y a pas de solution pour les déchets ». Or l’importance des travaux et des moyens mis pour gérer les déchets radioactifs est telle qu’il y a vraiment de la désinformation, voire de la mauvaise foi, à dénoncer « l’absence de solution ». Par contre les opposants pourraient dire que la solution existe bien, mais qu’elle n’est pas bonne, et mentionner les défauts et faiblesse qu’ils auraient identifiés, et qu’il s’agirait de corriger. Mais non, jamais on ne les entend formuler concrètement des défauts et faiblesses.  

  • Le rapport EPFZ+EPFL+PSI, n’a pas déclenché d’effort amélioré de l’argumentation des opposants. Pire : Greenpeace a simplement déposé plainte contre ce rapport, voir le Tagesanzeiger du 30.09.2024 ( https://clubenergie2051.ch/wp-content/uploads/2024/10/tagi-greenpeacebeschwerde-gegen-berichtpsi.pdf ) . Motif : les auteurs sont « partisans » Mais Greenpeace ne dit toujours pas en quoi les analyses du rapport seraient inexactes. Il n’y a pas de contre-argumentation concrète et élaborée. À noter : la plainte de Geenpeace pourrait faire le buzz, et en ce sens susciter une attention des médias sur ce rapport

JFD / 10.10.2024

Cet article, publié dans Non-catégorisé, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 Responses to Après la proposition du CF et l’analyse des scientifiques (des EPF et du PSI) sur le nucléaire, le débat reprend avec des opposants qui persistent à méconnaître la réalité du dossier.

  1. Avatar de J-Bernard Jeanneret J-Bernard Jeanneret dit :

    Merci Monsieur Gilles R. Mérier pour votre analyse qui recoupe et confirme sur bien des points les positions du Clubenergie2051.

    Concernant la surgénération, les réacteurs de 4e génération et la remarque ci-dessus de Christophe de Reyff à noter ces études françaises remarquables récentes  par l’Académie des sciences et l’Académie des technologies :  https://clubenergie2051.ch/2024/08/08/france-lacademie-des-sciences-et-lacademie-des-technologies-prennent-position-en-faveur-dun-nucleaire-durable/

    Concernant le Thorium: une controverse s’est développée sur le thème « Le Bon Thorium versus le Vilain Uranium », même une polémique. Nous regrettons et ne partageons pas cette polémique. Nous nous en sommes expliqués sur : https://clubenergie2051.ch/2022/03/06/quel-nucleaire-pour-2040/

    et sur: 

    https://clubenergie2051.ch/2022/01/13/thorium-ou-uranium-une-mauvaise-polemique/

  2. Avatar de jf.dupont jf.dupont dit :

    Merci Monsieur Gilles R. Mérier pour votre analyse qui recoupe et confirme sur bien des points les positions du Clubenergie2051.

    Concernant la surgénération, les réacteurs de 4e génération et la remarque ci-dessus de Christophe de Reyff à noter ces études françaises remarquables récentes  par l’Académie des sciences et l’Académie des technologies :  https://clubenergie2051.ch/2024/08/08/france-lacademie-des-sciences-et-lacademie-des-technologies-prennent-position-en-faveur-dun-nucleaire-durable/

    Concernant le Thorium: une controverse s’est développée sur le thème « Le Bon Thorium versus le Vilain Uranium », même une polémique. Nous regrettons et ne partageons pas cette polémique. Nous nous en sommes expliqués sur : https://clubenergie2051.ch/2022/03/06/quel-nucleaire-pour-2040/

    et sur: 

    https://clubenergie2051.ch/2022/01/13/thorium-ou-uranium-une-mauvaise-polemique/

  3. Avatar de happyinfluencer1d2c077547 happyinfluencer1d2c077547 dit :

    Avenir énergétique : réfléchir autrement
    Gilles R. Mérier, MD, scientist citizen senior
    Genève, 29.10.2024

    The dogmas of the quiet past are inadequate to the stormy present. The occasion is piled high with difficulty and we must rise to the occasion. As our case is new, so must we think anew and act anew.
    Abraham Lincoln
    Second message annuel au Congrès, 1 décembre 1862

    L’énergie, et en premier lieu l’énergie électrique, impose son calendrier pour influencer la part humaine des changements climatiques, deux domaines gigantesques et hypercomplexes, dont dépendent également en grande partie la biodiversité et la santé humaine.

    De nombreuses données scientifiques provenant de sources respectées et fiables font craindre que les scénarios mainstraem actuellement proposés dans le domaine énergétique sous-estiment gravement certains facteurs.
    Les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) seront probablement épuisés avant 100 ans. L’uranium dans un délai du même ordre, le thorium quelques décennies plus tard.
    Les calculs de disponibilité du lithium, du cuivre, du nickel, du cobalt, des métaux rares permettent de prévoir leur épuisement avant 100 ans au prix de ravages écologiques terrestres et sous-marins épouvantables sans omettre les désastres humains liés à ces extractions.
    A ce jour, aucune giga-usine n’est réalisée et n’a démontré sa faisabilité et sa rentabilité pour le recyclage des rotors d’éoliennes (durée de vie 30 ans), des onduleurs des centrales photovoltaïque (durée de vie 15 ans) et des batteries basées sur les technologies lithium-ion actuelles (durée de vie ?).
    En conséquence, bien que le soleil et le vent soient inépuisables, les technologies de production d’énergie basées sur ces sources, même avec des améliorations potentiellement importantes (éoliennes verticales géantes, panneaux photovoltaïques en pérovskite, panneaux photovoltaïques transparents pour équiper les fenêtres des bâtiments, etc.) se heurteront aux limitations de construction d’éléments critiques gourmands en matériaux épuisables, en premier lieu en matériaux rares.
    Or, la demande mondiale en énergie, notamment électrique, va augmenter considérablement puisque l’équivalent d’une ville comme New-York va être construit chaque mois pendant encore 40 ans, sans compter la consommation des data centers.
    Avec la fonte des glaciers, les volumes d’eau derrière les barrages et dans les cours d’eau qui alimentent les centrales hydro-électriques vont diminuer significativement.
    Un game changer possible pourrait être le développement de centrales nucléaires au thorium et à sels fondus qui n’explosent pas, produisent des déchets dont la radioactivité est limitée dans le temps et pourraient même conduire à brûler les déchets radioactifs des centrales à uranium, réduisant ainsi la durée de radioactivité résiduelle de centaines de milliers d’années à quelques décennies. En outre, le thorium est plus abondant et mieux réparti sur Terre que l’uranium et se trouve notamment dans les monceaux de minerais extraits pour la production de matériaux rares.
    Une embellie pourrait être la disponibilité probable de piles à nanodiamants radioactifs pour les consommations faibles (capteurs biologiques, pacemakers et défibrillateurs, téléphones mobiles, peut-être ordinateurs portables, petits dispositifs électroniques embarqués, etc.), d’une durée de vie très longue et qui ne nécessiteront donc plus de recharge sur le réseau.
    Par conséquent, tous ces arguments permettent de dire que les 50 à 80 années prochaines ne peuvent être que des années de transition au terme desquelles l’humanité devrait disposer de formes d’énergie, notamment électrique, pour ajuster de façon stable des besoins énormes pendant des millénaires.
    L’épuisement des réserves de combustibles fossiles et des minéraux pour la construction de dispositifs indispensables pour les technologies de production et de stockage des énergies renouvelables et les menaces qui pèsent sur l’hydraulique en raison de la fonte des glaciers imposent le développement dès maintenant de technologies basées sur l’hydrogène, car l’hydrogène est l’élément le plus abondant dans l’Univers et sur Terre (notamment sous la forme d’eau), léger, concentrant une énorme énergie, inépuisable et recyclable pendant des millions d’années, comme combustible de centrales à fusion nucléaire et production d’hydrogène liquide et, solution ultime, métallique.

    Enfin, toutes les suggestions, estimations et conclusions du dernier rapport de l’IEA supposent une parfaite harmonie géopolitique et décisionnelle entre tous les pôles et pays du Monde. Ce qui est une hypothèse actuellement irréaliste et ne permettra pas d’atteindre l’objectif visé ni pour 2050 ni pour 2100. On lit en effet à la page 152 de l’International Energy Agency | Special Report : « Achieving net‐zero emissions by 2050 is a monumental task, especially against a backdrop of increasing economic and population growth. It calls for an unwavering focus from all governments, working together with industries and citizens, to ensure that the transition to global net‐zero emissions proceeds in a co‐ordinated way without delay.» Cette phrase devrait être gravée sur une stèle de bronze à l’ONU, au siège de l’IEA, au Parlement européen et dans les bâtiments gouvernementaux de tous les Etats, y compris en Suisse.

    Je doute fort qu’un expert dans ces domaines, travaillant dans un think-tank visionnaire évolué, un laboratoire universitaire, un centre de recherche avancée ou une structure d’investissements financiers dans les énergies, signe la note suivante: «Tous les arguments énoncés dans ce scénario, notamment ceux qui concernent les énergies considérées actuellement comme renouvelables, sont de la pure spéculation sans rapport avec les données scientifiques disponibles. Ils ne se réaliseront pas, même partiellement, et peuvent être mis au rebut. J’engage totalement ma crédibilité et ma responsabilité professionnelles par ma signature.»

    Trois suggestions me viennent à l’esprit pour initialiser une nouvelle vision stratégique : 1) Consacrer désormais 10% des crédits prévus pour la transition énergétique et la lutte contre les changements climatiques à la formation d’ingénieurs, physiciens, mathématiciens, chercheurs et spécialistes et au développement de structures de recherches dans les technologies du thorium, de la fusion et de la métallisation de l’hydrogène. 2) Créer sous l’égide de l’ONU un Laboratoire d’anticipation énergétique global, rassemblant toute la documentation mondiale, tenant à jour un agenda et une planification évolutive des problèmes mentionnés ci-dessus et développant des approches analytiques et prévisionnelles de type Dephi, deep learning ou intelligence artificielle. Et 3) Discuter d’une indispensable stratégie géopolitique généreuse entre les différentes régions riches et pauvres du monde et d’une stratégie de financement longue durée qui pourrait être une création monétaire dédiée.

    Je souhaiterais que la Suisse joue un rôle majeur de leadership international dans ces trois domaines. Avec l’espoir qu’ainsi les générations actuelles ne livrent pas à celles qui vont naitre dans les années à venir une planète et une civilisation humaine hostiles et violentes mais restent dans l’Histoire celles qui ont posé les bases de concepts énergétiques de longue durée.

    • Avatar de Christophe de Reyff Christophe de Reyff dit :

      Il me semble que vous oubliez deux choses :

      1° Concernant l’uranium, la technique dite de surgénération (réacteurs à neutrons dits rapides) avec la génération IV en préparation, va permettre d’utiliser non pas seulement les 0,7% de l’isotope U235 fissile, mais aussi les 99,3% de l’isotope U238 fertile. La France, par exemple, dispose déjà de plus de 350 mille tonnes d’uranium appauvri pour ce faire (ce sera 470 mille tonnes en 2030 et 560 mille tonnes en 2040). Pour le thorium c’est bien sûr tout l’isotope Th232 qui sera disponible. On peut donc multiplier théoriquement par près de 140 la durée de 100 ans pour l’uranium (calculé seulement avec les 0,7% d’U235) et encore par 4 fois plus pour le thorium qui est 4 fois plus abondant que l’uranium. L' »incinération » par transmutation des résidus nucléaires actuels (produits de fission et transuraniens) permettra aussi de multiplier ces durées.

      2° Pour les autres métaux requis, comme le lithium, par exemple, certes les réserves prouvées sont de 28 millions de tonnes pour une demande annuelle actuelle de 146 mille tonnes, soit 190 ans, mais les ressources totales sont estimées à 105 millions de tonnes, soit encore près de quatre fois plus. Il faut bien sûr, ne pas omettre d’ajouter, que le lithium actuellement utilisé, tout comme les autres métaux, pourra être recyclé. Il en est ainsi pour tous les autres éléments chimiques plus ou moins rares qui ne font que « passer » dans une batterie, un module photovoltaïque ou un rotor d’éolienne.

    • Avatar de J-Bernard Jeanneret J-Bernard Jeanneret dit :

      De J-F. Dupont
      Merci Monsieur Gilles R. Mérier pour votre analyse qui recoupe et confirme sur bien des points les positions du Clubenergie2051.

      Concernant la surgénération, les réacteurs de 4e génération et la remarque ci-dessus de Christophe de Reyff à noter ces études françaises remarquables récentes par l’Académie des sciences et l’Académie des technologies : https://clubenergie2051.ch/2024/08/08/france-lacademie-des-sciences-et-lacademie-des-technologies-prennent-position-en-faveur-dun-nucleaire-durable/

      Concernant le Thorium: une controverse s’est développée sur le thème « Le Bon Thorium versus le Vilain Uranium », même une polémique. Nous regrettons et ne partageons pas cette polémique. Nous nous en sommes expliqués sur : https://clubenergie2051.ch/2022/03/06/quel-nucleaire-pour-2040/

      et sur:

      Thorium ou Uranium ? Une mauvaise polémique.

    • Avatar de J-Bernard Jeanneret J-Bernard Jeanneret dit :

      De: J-F. Dupont,

      Merci Monsieur Gilles R. Mérier pour votre analyse qui recoupe et confirme sur bien des points les positions du Clubenergie2051.

      Concernant la surgénération, les réacteurs de 4e génération et la remarque ci-dessus de Christophe de Reyff à noter ces études françaises remarquables récentes par l’Académie des sciences et l’Académie des technologies : https://clubenergie2051.ch/2024/08/08/france-lacademie-des-sciences-et-lacademie-des-technologies-prennent-position-en-faveur-dun-nucleaire-durable/

      Concernant le Thorium: une controverse s’est développée sur le thème « Le Bon Thorium versus le Vilain Uranium », même une polémique. Nous regrettons et ne partageons pas cette polémique. Nous nous en sommes expliqués sur : https://clubenergie2051.ch/2022/03/06/quel-nucleaire-pour-2040/

      et sur:

      Thorium ou Uranium ? Une mauvaise polémique.

Répondre à Christophe de Reyff Annuler la réponse.